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16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 07:20

Dernier volet de mon triptyque sur l’Insurrection de Varsovie, cet article s’attache à vous convaincre du génie du poète d’avant-garde polonais Miron Bialoszewski qui a écrit l’un des témoignages les plus connus à propos du siège de la ville.

 

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Miron Bialoszewski (à prononcer Bia-wo-chevf-ski), né le 30 juin 1922 (c’est un signe), était donc un homme de lettres, plus poète qu’autre chose, qui résidait à Varsovie durant la guerre. Il était présent lors de l’Heure-W, et ne quitta la ville qu’après la capitulation, déporté dans le Troisième Reich.

 

« Alors je racontais. L'insurrection. À tant de gens. [...] Sans savoir que ces vingt ans de parler - et cet événement a été le plus grand dans ma vie, et il forme un tout -, que justement ce parler et cette manière seraient les seuls pour décrire l'insurrection. »

 

Son Mémoire de l’Insurrection de Varsovie, Pamiętnik z powstania warszawskiego, a été publié en 1970, longtemps donc après les évènements. S’il s’excuse de parfois mélanger les dates, il raconte avec une rare intensité ce qu’a été la vie quotidienne pour les civils durant l’Insurrection de Varsovie. Il raconte la peur, la survie, mais également la bravoure quotidienne dont faisaient preuve les habitants de la ville, pourtant terrifiés, au milieu de la mort qui pouvait vous tomber dessus à tout moment au sens littéral, la plupart s’étant réfugiés dans des caves ne tenant encore debout que par miracle et pilonnées sans arrêt. Et au milieu de tout cela, Miron nous raconte qu’il noircissait des cahiers, ne voulant pas abandonner ses esquisses de pièces de théâtre.

 

La manière dont il raconte l’Insurrection se fait dans l’immédiateté. Lorsque l’action se présente, il réussit brillamment à partager son expérience à travers une écriture qui tient presque de l’oral, avec des phrases courtes, souvent nominales, donnant un rythme haletant à l’ensemble.

Le « passager » Bialoszewski, pas vraiment acteur, pas vraiment spectateur, parle de la normalité de la vie avec des épisodes banales, brisés par l’irréalité du pilonnage allemand.  Il fait un énorme travail de mémoire en se remémorant tout ce qu’il a vu, senti, ressenti et entendu, s’attachant à chaque objet que la violence a détruit pour les aimer et leur redonner corps.

 

Je n’ai malheureusement avec moi ni mon livre, ni mon carnet de citations, et je ne m’en rappelle plus d’aucun passage précis de tête, je mettrai à jour cet article lorsque je serai revenu en France. Je peux toutefois énumérer quelques passages, comme une course sous les bombes allemandes, passant à travers les fenêtres et échappant à la mort par un saut désespéré (tellement qu’on dirait une scène d’un film de série B), ou encore la bénédiction des défunts et des vivants dans les caves puantes et les communions autour de la figure du prêtre, quand toute une foule récite de très belles paroles, tellement que cela me tue de ne pouvoir vous les retranscrire ici pour l’instant.

 

Le traducteur a du faire des choix, et il a fait celui de traduire les noms de rue. Alors déjà que se repérer dans la Varsovie pré-destruction, c’est la galère, mais quand en plus ce sont des noms de rue francisés, on ne peut absolument pas se repérer. Si bien qu’on nage dans un grand flou géographique, on ne sait jamais vraiment trop où se trouve l’ami Miron.

 

La lecture est assez difficile, j’ai vraiment adoré le livre, mais il était dur d’enchainer plus de dix ou vingt pages en une session tellement la langue est alambiquée, le propos compliqué à avaler et digérer. C’est une lecture sur le long terme, un marathon qu’il faut soutenir pour l’apprécier, mais clairement pas à la portée de tout le monde : il faut vraiment avoir envie de suivre les pensées d’un poète d’avant-garde dans un évènement aussi dantesque que l’Insurrection de Varsovie.

 

Si j’apprends (laborieusement) le polonais, c’est pour pouvoir me faire comprendre et me débrouiller aussi, mais j’espère bien un jour être capable d’appréhender la surface des autres œuvres de Bialoszewski.

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