Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 07:00

L’Histoire tient à peu de choses. Une balle qui passe à quelques centimètres plus à gauche ou plus à droite aurait pu épargner Kennedy, comme elle aurait pu laisser le Général de Gaulle avec un trou béant dans son front sur la banquette arrière de sa DS (non les enfants, je ne parle pas de la console de Nintendo).

 

J’ai déjà parlé du miracle de la Vistule, lors de la Bataille de Varsovie en 1920 dans l’article que j’ai écrit à propos du (très mauvais) film du même nom. Pour résumer rapidement, Lénine veut étendre la Révolution dans toute l’Europe, la Pologne se dressant en premier sur son chemin. L’URSS avance jusqu’aux faubourgs de Varsovie, mais une manœuvre polonaise inattendue met l’Armée Rouge en déroute. Cela ne s’est joué à rien, mais a probablement évité que les Bolcheviks n’avancent plus à l’Ouest et n’envahissant l’Allemagne déliquescente puis la France.

Dans les rangs de l’armée polonaise se tient le Père Ignacy Skorupka, qui périra sous le feu ennemi, laissant derrière lui sa légende grossir petit à petit.

 

395px-Skorupka1907

Skorupka en 1907

 

Né en 1893 à Varsovie, Ignacy entre au séminaire en 1909. Lors de la Première Guerre mondiale, lui et sa famille fuient vers Saint-Pétersbourg en 1915, et il intègre le presbytère en 1916, tout près de Moscou, avant de revenir en Pologne en 1918.

Lorsqu’éclate la guerre polono-soviétique, Skorupka s’engage comme chapelain militaire au sein du 236ème Régiment des Volontaires de la Légion, composée uniquement de jeunes étudiants pour défendre la capitale menacée. Il y décède, et c’est là que son histoire débute réellement : il serait mort en menant l’attaque au village d’Ossów le 14 août, en première ligne, brandissant haut sa croix et chargeant l’Armée Rouge. Il aurait reçu une balle en pleine tête alors que la bataille touchait à sa fin, lisant les derniers sacrements à un soldat gravement blessé.

 

0c276243-b483-4684-8f8d-ad4534fc299c_665x665.jpg

Łukasz Garlicki dans le rôle de Skorupka dans 1920 Bitwa Warszawska.

 

Imaginez le symbole ! Un prêtre polonais chargeant sans peur les Rouges ! Rien d’étonnant à ce que le Père Ignacy Skorupka soit devenue une figure de l’indépendance polonaise et de son folklore historique. En plus des distinctions à titre posthume décernées régulièrement (la dernière en 2010), plusieurs monuments lui sont dédiés.

A Varsovie, avant la Seconde Guerre mondiale, une statue de Skorupka devait s’élever Plac Wileński. Seulement, après la guerre, les Rouges n’étaient pas d’accord que l’on célèbre un prêtre, d’autant plus qui s’était distingué lors de la guerre polono-soviétique (que les Communistes se sont employés à faire disparaitre maintenant que les deux pays étaient « « « « amis » » » », enlevant par exemple les plaques des batailles de cette guerre de la tombe du soldat inconnu à Varsovie). A la place, ils ont donc élevé un monument à la mémoire des soldats soviétiques morts pour la libération de la Pologne (j’y reviendrai un jour ou l’autre, je trouve ce monument magnifique).

 

Il a fallu attendre la fin du communisme pour que Varsovie rende hommage au Père Ignacy Skorupka avec l’édification d’une gigantesque statue sur le parvis de la superbe Cathédrale de Saint-Michel et Saint-Florian, dans Praga. C’est là que pour la première fois j’ai entendu parler de Skorupka. Il faut dire que sa statue en impose.

 

188785 10150114315803734 6686406 n

La statue par une nuit noire.

Repost 0
28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 07:00

Tapez « Insurrection » dans Wikipedia. L’encyclopédie en ligne vous en sortira une liste, et la moitié au moins sera polonaise. J’en ai encore récemment découverte une nouvelle, que je ne connaissais jusque-là que de nom, l’Insurrection de Janvier.

 

C’est une longue histoire, et un long voyage, qui m’ont mené jusqu’à cette Insurrection. Je me suis retrouvé embrigadé dans une odyssée automobile sur les routes polonaises avec la famille de ma Dame pour célébrer un centenaire, et pas n’importe lequel. Dans le minuscule village de Leopoldów, berceau de leur famille depuis des générations, le grand-père du grand-père de ma Dame (donc son arrière-arrière-grand-père) sculpta en 1913 un monument à la gloire de la Vierge Marie, commémorant l’Insurrection de Janvier qui avait eu lieu cinquante ans plus tôt.

C’était donc l’occasion de bénir à nouveau le monument, évènement de la décennie du village : familles, amis, tout le monde était présent dans la seule rue du hameau, sur des bancs, pour assister à la messe autour du prêtre. J’ai compté 70 personnes (8 millions 250 000 selon la Manif Pour Tous), majoritairement âgées, répétant avec joie les chants religieux. La population avait bien dû tripler cet après-midi-là.

Je tairai l’après-cérémonie, où je me suis retrouvé à consommer beaucoup trop de vodkas, sous la pression bienveillante de la belle-famille. Et même si je le voulais, je ne pourrais pas de toute manière, ma mémoire n’est pas des plus précises…

 

P1170827.JPG

Le monument à Leopoldów

 

L’Insurrection de Janvier, donc ! Sujet vaste, et compliqué, que je vais essayer de résumer de manière claire et concise.

Prenant place entre 1863 et 1864, celle-ci a lieu sur le territoire de la vieille Pologne, qui faisait partie intégrante de l’Empire russe depuis la chute de l’empire napoléonien un demi-siècle plus tôt. Il faut bien se souvenir qu’à cette époque, la Russie tsariste apparait faible après la défaite contre la France et la Grande-Bretagne lors de la Guerre de Crimée.

 

Devant quelques démonstrations virulentes à travers la Pologne et la Lituanie, Alexandre II décide d’instaurer la loi martiale dans ces provinces en 1861, bannissant les réunions publiques et emprisonnant les figures indépendantistes.

Les chefs révolutionnaires polonais, partagés entre les Rouges paysans et les Blancs libéraux, n’avaient que peu de moyens pour armer les dix mille jeunes hommes qui refusaient la conscription d’Aleksander Wielopolski, aristocrate polonais exécuteur des volontés tsaristes. La Russie, disposant d’une force neuf fois supérieure en nombres commit l’erreur de penser que l’Insurrection serait rapidement écrasée (erreur qu’à peu près tout le monde a fait quand il s’est agi de vaincre les Polonais). Rien qu’en février 1964, quatre-vingt escarmouches opposèrent révolutionnaires et armée régulière. Les Etats occidentaux (en dehors de la Prusse) soutenaient publiquement les Insurgés, sans pour autant bouger.

La répression russe s’est alors accrue, déportant des milliers de femmes et d’enfants en Sibérie et pendant publiquement des prisonniers. Rouges et Blancs se déchiraient en luttes intestines autour de l’aide promise par Napoléon III (qui ne viendra jamais, tradition française, ça), avant que le général Romuald Traugutt n’unisse tous les Insurgés derrière sa bannière. Seulement, son arrestation et son exécution à Varsovie à la mi-1864 précipite la fin de l’Insurrection, écrasée impitoyablement par l’armée du tsar. Et pour s’assurer que cela ne recommencerait plus, 400 personnes sont exécutées, 18 000 envoyées en Sibérie, 1 600 propriétés furent confisquées et un impôt exceptionnel de 10% fut levé jusqu’en 1869 pour indemnités de guerre.

Evidemment, cela n’a en rien calmé les ardeurs polonaises à regagner leur Etat, tout au plus cela a-t-il différé un peu l’inéluctable.

Repost 0
17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 07:00

Monte Cassino, Italie. 1944. Les forces de l’Axe tiennent la colline, empêchant l’avancée des Alliés vers Rome. Les Américains, les Français, ont tenté de mener l’assaut. Sans succès, à chaque fois, ils ont été contraints de reculer. Le 11 mai s’avance l’armée polonaise du Général Anders.

 392371_10150390486073734_1207403745_n.jpg

Le monument à la bataille du Monte Cassino, à Varsovie.

 

Débarqués depuis septembre 1943, les Alliés sont enlisés dans la péninsule italienne, les Allemands tenant fermement la petite largeur de la péninsule italienne, la colline de Monte Cassino, 516 mètres d’altitude, avec à son sommet une abbaye, étant à la base de la défense de la ligne Gustav. La route vers Rome passe par le Monte Cassino.

 

Le 17 janvier 1944 débute la première bataille de Monte Cassino, lancée conjointement par les Britanniques, les Américains et le Corps Expéditionnaire Français. Après une avancée rapide, les Allemands contre-attaquent et récupèrent les terrains perdus.

 

A partir du 15 février, les Néo-Zélandais lancent l’assaut, après que 420 tonnes de bombes se soient abattues sur l’abbaye, la transformant en ruine imprenable. Après trois semaines de météo exécrable, les Allemands repoussent définitivement l’assaut allié le 22 mars. Déjà trois mois que les Alliés sont bloqués au pied du Monte Cassino. Le Reich jubile.

 

mydans_carl_abbey_of_monte_cassino_1944_16x20_L.jpg

Monte Cassino en 1944

 

L’assaut final se prépare au début du mois de mai. Le deuxième corps polonais du Général Anders, loyal au gouvernement-en-exil à Londres, est chargé de conquérir le Monte Cassino pendant que les tirailleurs marocains ravagent les positions allemandes aux alentours.

Le 11 mai, les Polonais commencent à escalader un Monte Cassino n’offrant aucun abri aux balles des troupes d’élite allemandes. Après une semaine entière de combats sanglants et héroïques, la tête baissée sous les rouleaux de feu lâchés par l’artillerie allemande, les premières lignes systématiquement déchiquetées, le peu de Polonais encore capables d’avancer prenaient le Monte Cassino, le 18 mai, à 10:20.

Rome tendait les bras aux Alliés, 200 000 âmes resteraient à jamais aux pieds du Monte Cassino.

 

449px-Polish_Bugler_Monte_Cassino.jpg

Le caporal Emil Czech sonne la victoire.

 

La nuit-même de la victoire, Feliks Konarski et Alfred Schütz écrivent et composent Czerwone maki na Monte Cassino, « Les Coquelicots Rouges du Monte Cassino », jouée quelques jours plus tard aux soldats rescapés de l’assaut.

 

 

 

Czerwone maki na Monte Cassino [Les coquelicots rouges du Monte Cassino]

Zamiast rosy piły polską krew. [Au lieu de rosée ont bu du sang polonais]

Po tych makach szedł żołnierz i ginął, [A travers ces coquelicots est passé un soldat, et y a péri]

Lecz od śmierci silniejszy był gniew. [Mais la colère était plus forte que la mort.]

Przejdą lata i wieki przeminą, [Les années passeront et les siècles passeront,]

Pozostaną ślady dawnych dni. [Ne resteront que les traces de l’ancien temps.]

I tylko maki na Monte Cassino, [Et seulement les coquelicots du Monte Cassino]

Czerwieńsze będą, bo z polskiej wzrosną krwi. [Seront plus rouges, car ils ont été arrosés de sang polonais.]

 

Sur les flancs du Monte Cassino reposent les dépouilles des soldats polonais. A sa mort après la guerre, le Général Anders, conformément à son souhait, y a été enterré au milieu de tous ses camarades.

 800px-Monte_Cassino_-_the_Polish_War_Cemetery_-_closer.JPG

Le cimetière militaire polonais du Monte Cassino

 

L’armée polonaise a mené frontalement l’une des batailles les plus importantes de l’année 1944. Pourtant, les héros de Monte Cassino, à l’instar des vaillants pilotes qui ont défendu Londres pendant le Blitz, ne valurent pas à la Pologne d’être écoutée et prise en considération dans les plans pour l’après-guerre. Pire, délaissée et oubliée par ses alliés occidentaux qu’elle avait pourtant soutenu quand eux l’avaient abandonnée, la Pologne sera écrasée par l’U.R.S.S. de « l’Oncle Joe » Staline pour le demi-siècle à venir.

 

Un film sur la bataille est prévu pour 2014 avec un héros…américain. Il n’aurait plus manqué que le personnage principal soit un Polonais ou un Néo-Zélandais, ou pire encore, un Marocain, tiens ! Comme si ceux-là avaient payés un tribut à la guerre, n’importe quoi.

 

1Monte20Cassino.jpg

Monte Cassino après la bataille

 

Le mot de la fin à Jean-Paul II :

 

« Chaque Polonais se souvient avec orgueil de cette bataille qui, grâce à l'héroïsme de l'armée commandée par le général Anders, ouvrit aux Alliés la route de la libération de l'Italie et de la défaite des envahisseurs nazis. Au cimetière militaire du Monte Cassino, se trouvent des tombes surmontées de croix latines et grecques, ainsi que des pierres tombales portant l'étoile de David. Là-bas reposent les héros tombés au feu, unis par l'idéal de lutter pour "votre liberté et pour la nôtre", qui inclut non seulement l'amour pour sa propre patrie, mais également la sollicitude pour l'indépendance politique et spirituelle d'autres nations. »

Repost 0
30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 07:00

J’ai récemment fini de lire les mémoires de la Seconde guerre mondiale du résistant polonais Jan Karski, Mon témoignage devant le monde, originellement intitulé Histoire d’un Etat Secret. C’était très bien.

 

Avant d’aller plus loin, je tenais à noter que Points a fait du super boulot sur l’édition française, avec des notes à foison (50 pages !), et en ayant conservé l’orthographe polonaise des noms, avec toutes leurs lettres bizarres là (coucou Ł, ą, ę et autres ż).

Seulement, quelque chose me gêne sur la couverture. Je sais bien qu’il faut vendre le plus possible, etc. Mais sérieusement, mettre en bas « Par le témoin du film Shoah », c’est super réducteur. Déjà Karski avait été gêné de ce que Lanzmann avait fait de son témoignage en le tronquant et en ne gardant que ce qui servait son propos (exit la partie où Karski parlait des Polonais sauvant des Juifs), mais surtout ça ne couvre que deux chapitres sur trente du bouquin. Bref.

 

[Yannick Haenel a écrit un roman sur lui, intitulé Jan Karski. Je ne l’ai pas lu et ne le lirai probablement jamais. Ou alors vraiment quand je n’aurai plus rien à dire sur ce blog.]

 

P1170795.JPG

Qu’il est beau mon livre !

 

Qui était Jan Karski ?

Un héros.

 

Né Jan Kozielowski (il adoptera son nom de code Karski à la fin de sa mission) en 1914 à Łódż, il est mobilisé près d’Oświęcim (plus connu sous son triste nom allemand d’Auschwitz) à la fin d’août 1939. Réveillé par les bombardements allemands le 1er septembre, il est repoussé avec sa compagnie toujours plus à l’Est, sans jamais avoir pu se battre. Finalement capturé par les Soviétiques, il est interné dans un camp de concentration. Officier, il est maltraité mais parvient à échanger son uniforme contre celui d’un soldat pour se retrouver échangé avec des prisonniers polonais détenus par les Allemands. Aux mains des Nazis, il réussit à s’enfuir du train qui le transportait en sautant en marche.

 

De retour dans Varsovie défigurée, il entre dans la Résistance et après quelques opérations de courrier, il rejoint la France via la Slovaquie puis l’Italie faire son rapport au Général Sikorski. De retour en Pologne, il continue ses activités, et sur le chemin d’une nouvelle mission dans les montagnes slovaques, il se fait arrêter. Battu sévèrement par la Gestapo plusieurs fois, perdant quatre dents, il tente de se suicider mais est sauvé par un garde slovaque, puis transporté à l’hôpital, où le personnel va se débrouiller pour le garder le plus longtemps possible, avant qu’il ne soit transféré dans un hôpital polonais, à Nowy Sącz, toujours sous bonne garde de la Gestapo. La résistance locale réussit à le libérer. On lui confiera : « Ne nous soit pas trop reconnaissant. Nous avions deux ordres. Le premier, c’était de faire tout ce qui était en notre pouvoir pour te sauver et t’amener à bon port. Le second, c’était de te liquider si l’opération tournait mal ».

 

Après avoir participé au service de la propagande, il est choisi pour aller faire un rapport exhaustif de la situation en Pologne et des diverses sensibilités politiques à l’œuvre auprès des Polonais en exil à Londres. C’était le cœur de sa mission.

Seulement, deux dirigeants juifs le contactent pour qu’il rende également compte des atrocités commises à l’encontre des Juifs. Par deux fois, Karski est à sa demande introduit dans le Ghetto de Varsovie pour constater de ses propres yeux ce qu’on lui a raconté. Je n’ai aucunement besoin de rentrer dans les détails, vous les connaissez tous. Karski se débrouille ensuite pour infiltrer le camp de Izbica Lubelska grâce à un uniforme de garde ukrainien et assister au chargement inhumain des Juifs dans des wagons à bestiaux.

 

Se faisant passer pour un Français, Karski traverse tranquillement le Reich en train, s’arrête à Paris puis à Lyon, avant de passer les Pyrénnées en vélo, de rejoindre Barcelone, puis Madrid, avant d’être exfiltré vers Londres via Gibraltar, où il fait son rapport. Il rencontrera également Roosevelt, tentant de l’alerter sur l’extermination des Juifs en Europe.

 

 20100714155021-Jan_Karski.jpg

C’est fou comme il n’a pas changé en cinquante ans.

 

Il faut garder à l’esprit que le récit que nous livre Karski était à des fins de propagande en 1944, alors que l’URSS avait rompu tout contact avec le gouvernement polonais en exil à Londres et que les autres Alliés n’en avaient plus rien à faire d’eux, oubliant tous les sacrifices des Polonais chez eux, mais aussi lors des batailles de France et d’Angleterre (je reviendrai un jour sur les aviateurs polonais qui ont défendu Londres). Pour ne pas servir l’ennemi, Karski a changé beaucoup de noms de personnes et de lieux, mais comme je l’ai dit, les notes de l’édition française rétablissent la vérité, et c’est un délice.

 

Le livre explique également quelque chose qui a souvent été oublié : il n’y a eu aucune collaboration étatique en Pologne. Le gouvernement polonais de Londres dirigeait réellement le pays dans l’ombre, avec son administration, son système judiciaire, etc.  

 

Karski a vécu le reste de sa vie aux Etats-Unis, poursuivant une carrière universitaire, sans jamais parler de son expérience avant que Lanzmann ne lui demande en 1978. Il a été fait Juste, et même proposé au Nobel de la Paix après sa mort en 2000.

 

Et pour l’anecdote, c’est lors de la remise posthume à Karski de la Medal of Freedom en 2012 qu’Obama a fait une terrible bourde, parlant de « Polish death camps ». Comme chacun sait, il n’y a jamais eu aucun camp de la mort polonais. Les camps installés sur le territoire polonais ont été créés, construits et administrés par les Nazis, les Polonais n’y entrant que pour y mourir dans d’atroces souffrances. Sans oublier que la Résistance polonaise avait dès 1942 créé Zegota, une formation dont l’objectif était de sauver le plus de Juifs possible. L’on pourrait aussi citer le soutien à l’insurrection du Ghetto, à laquelle la Résistance a donné 10% de son armement. Las, l’on ne changera pas 60 ans de fausses idées. J’y reviendrai probablement plus longuement un jour.

Obama s’est par la suite excusé devant le Président polonais Komorowski, mais le mal était fait.

 

Repost 0
12 mars 2012 1 12 /03 /mars /2012 07:28

1.jpg

 

Cette semaine, j’ai décidé de consacrer trois articles à l’Insurrection de Varsovie. Aujourd’hui, je parlerai de l’Insurrection en elle-même, tandis que mercredi, il sera question du Musée de l’Insurrection ouvert depuis quelques années. Enfin, vendredi, je parlerai avec tendresse d’un excellent livre, le Mémoire de l’Insurrection de Varsovie du poète Miron Bialoszewski, qui en a été témoin et acteur.

 

[C’est la guerre, alors évidemment, les enfants, vous regardez pas les images]

 

Lors de la Seconde Guerre Mondiale, il y a eu deux insurrections à Varsovie : celle du ghetto en 1943, et celle de la ville entière, à la fin de l’été 1944. C’est de cette dernière qu’il sera question aujourd’hui.

C’est un épisode assez méconnu de la Seconde Guerre Mondiale, mais cela a été un évènement fort d’héroïsme et de bravoure. Replaçons les faits dans leur contexte, si vous voulez bien.

Début de l’été 1944 : l’Armée rouge avance inexorablement sur le Front de l’Est, écrasant l’Armée allemande et s’approche de Varsovie. La guerre est déjà perdue pour l’Allemagne, et gagnée pour l’Union Soviétique. Ce n’est plus qu’une question de temps. L’Armia Krajowa (AK, Armée Nationale) se doit d’assurer la souveraineté de la Pologne face à un Staline qui ne rêve que de l'annexer, tandis que la position des Alliés est bien trop floue. Il faut que la ville se soulève et se libère afin de pouvoir opposer à l’URSS, lorsque celle-ci prendra la ville, des arguments de poids pour l’indépendance et la liberté de la Pologne. D’autant plus que durant la guerre, les deux résistances, l’AK et le réseau communiste n’ont pas du tout collaboré, ils se sont affrontés, en plus de se battre avec les Allemands ! Le sort des résistants de l’AK, représentants du gouvernement polonais en exil à Londres, était déjà scellé : au goulag ou directement au poteau d’exécution. Souvenez-vous de Katyn.

 Warsaw_Uprising_-_Prudential_Hit_-_frame_2a.jpg

Un obus de deux tonnes tombe sur un bâtiment de Varsovie le 28 août 1944

 

Il faut libérer la ville ! Libérer Varsovie ! L’Insurrection de Varsovie n’a rien d’un soulèvement populaire spontané. Cela aurait été un terrible échec face à la machine de destruction nazie. Le gouvernement polonais en exil à Londres a de tel plans depuis 1942, et même si la décision de faire se soulever Varsovie rencontre beaucoup d’arguments contraires lors des débats, c’est finalement le Commandement intérieur en Pologne qui a le dernier mot : le 1er août à 17h00 sera l’Heure-W, l’heure du début de l’Insurrection. La majorité des Polonais liés aux réseaux souterrains sont au courant par diverses manières, ce qui fait qu’une trop grande confusion a pu être empêchée.

Une bombe explose dans le quartier général de la Gestapo à 17h00 précise, et c’est le début de l’Insurrection. Malheureusement, les Allemands ont reçu l’information une heure avant le déclenchement des combats et peuvent organiser une rapide résistance, contrant les Insurgés dans la prise de leurs objectifs cruciaux, bien aidés par l’inexpérience des combattants. Les Insurgés remportent leurs plus grandes victoires dans le Centre, la Vieille Ville et Wola (c’est chez moi).

 504px-Powstanie_warszawskie_patrol.jpg

Patrouille polonaise le 1er août 1944

 

Rapidement, la tactique n’est plus offensive mais défensive : les civils érigent des barricades dans les rues avec ce qu’ils trouvent pendant que les soldats défendent les positions. C’est une implication totale de la population varsovienne dans l’Insurrection, personne ne se défile, pas même les enfants qui courent entre les balles des terribles snipers nazis pour délivrer les ordres et le courrier. Un magnifique monument commémore leur sacrifice dans la Vieille Ville de Varsovie.

 P1150972.JPG

Le monument aux enfants soldats morts lors de l’Insurrection

 

Seulement, l’euphorie de la liberté n’est que de courte durée. Rapidement, les Nazis contre-attaquent. Ils reprennent l’ancien ghetto le 4 août, ainsi qu’une partie de Wola, où ils massacrent entre 50 000 et 100 000 civils de manière atroce (une gigantesque plaque commémorative est installée à deux rues de mon appartement). Les Allemands pensaient saper le moral des Polonais pour éviter une guerre urbaine, ils n’ont fait que renforcer leur détermination. Les Nazis vont donc devoir se « salir les mains » en reprenant la ville rue par rue. Du 7 au 18 août, les combats sont terribles mais les positions se maintiennent. Les civils et les Insurgés sont bombardés jours et nuits par une pluie d’obus tirés depuis des canons de l’autre rive ou bien par des bombes lâchés par des avions volant en piqué.

 Polish_civilians_murdered_by_German-SS-troops_in_Warsaw_Upr.jpg

Des victimes de massacres allemands début août 1944

 

La Vieille Ville tombe à la fin du mois d’août et la population s’enfuit par les égouts le 2 septembre. Après un mois de combat, les Varsoviens y croient encore mais le manque de soutien des Alliés, qui se voient empêcher par Staline d’utiliser ses bases aériennes, et donc de l’URSS, mine le moral des troupes. Le coup de grâce est porté le 10 septembre 1944 lorsque l’Armée rouge arrive sur les rives de la Vistule et s’arrête pour laisser le temps aux Nazis de finir le travail, sans les inquiéter le moins du monde. Personne ne viendra plus aider les Insurgés, il faut se faire une raison, et malgré une résistance exceptionnelle, le 2 octobre 1944, le général Bor-Komorowski signe la capitulation polonaise, mettant fin à deux mois de combats d’une intensité rarement égalée.

 Warsaw_Uprising_stuka_ju-87_bombing_Old_Town.jpg

Bombardement de la Vieille Ville

 

Quel bilan ? En 63 jours, 18 000 soldats polonais furent tués, ainsi qu’entre 160 000 et 180 000 civils. La population restante fut entièrement déportée et parquée dans des camps. En 1939, il y avait 1 500 000 habitants à Varsovie. Lorsque les Soviétiques prirent la ville début 1945, il ne restait plus qu’un millier de personnes qui vivotaient dans les ruines d’une ville à 85% détruite. Car oui, il ne restait presque rien de Varsovie après la bataille de 1939, la destruction totale du ghetto en 1943, l’Insurrection en 1944, qui fut suivie par l’ordre d’Hitler de raser maison par maison tout ce qui restait de la capitale de la Pologne.

 728px-Destroyed_Warsaw-_capital_of_Poland-_January_1945.jpg

La Vieille Ville en Janvier 1945

 

Le 1er octobre, la veille de la capitulation la radio de Varsovie lançait son dernier message au reste du monde par une voix déchirée et sanglotante qui prononça ces paroles :

 

 « Voilà la sombre vérité — nous avons été traités pire que les satellites d'Hitler, pire que l'Italie, pire que la Roumanie, pire que la Finlande... Dieu qui est juste, dans sa toute-puissance châtiera la terrible injure faite à la nation polonaise et il punira tous les coupables... » 

Repost 0
6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 07:47

Vous n’êtes pas sans savoir que durant une large partie de la seconde moitié du 20e siècle, l’Europe était coupée en deux, entre les gentils capitalistes d’un côté et les vilains communistes de l’autre. L’URSS contrôlait à distance des Etats fantoches via les Partis Communistes qui régnaient sans partage sur la Pologne, la Tchécoslovaquie, etc…

 

Mais que se passe-t-il lorsque l’un des dirigeants communistes en poste dans l’une de ces Républiques Populaires se prend à donner quelques libertés au bon peuple ?

 

Au début des années 1960, en Tchécoslovaquie, comme partout ailleurs à l’Est, l’économie est planifiée, les productions industrielles et agricoles sont insuffisantes. Il faut réformer et en 1966 le XIIIème congrès du parti communiste lance son « nouveau modèle économique ». Rapidement, cela consiste à un devoir de rentabilité pour les entreprises, à un arrêt des subventions étatiques, mise en concurrence internationale, exportation vers l’Ouest, révision des salaires avec une fin de l’égalitarisme. Merde, c’est du capitalisme dans le texte ça ! Non, on en est bien loin, tout reste encadré par le Comité Centrale, mais celui-ci s’est assoupli. Mais ça, ce n’est rien comparé au « socialisme à visage humain » qu’Alexander Dubcek, tout juste nommé Président du Parti Communiste en 1968, présente en avril cette année-là.

 

Qu’annonce Dubcek ? Affirmation des libertés et droits fondamentaux (presse, expression, réunion, circulation), démocratisation avec du multipartisme, limitation du pouvoir de la police d’Etat, évolution vers le fédéralisme. Et blasphème, il déclare certaines théories du marxisme-léninisme obsolètes !

Un tel affront à l’URSS ! Une telle remise en cause ! Mais cela serait-il du suicide ?

Oui.

 

Sans surprise, l’URSS voit d’un mauvais œil l’évolution politique de la Tchécoslovaquie. Les dirigeants polonais et hongrois ont peur, cela leur rappelle la situation précédant l’Insurrection de Budapest en 1956.

Ça sent la poudre. Le 3 août, conférence à Bratislava, signature d’une déclaration entre l’URSS, la RDA, la Pologne, la Hongrie, la Bulgarie et la Tchécoslovaquie en guise d’allégeance au marxisme-léninisme et à l’internationalisme prolétarien, et tous les pays assurent qu’ils lutteront corps et âmes contre l’idéologie bourgeoise, qui se caractérise entre autre par le pluralisme politique. Oups… Après la conférence, les troupes soviétiques restent à proximité des frontières tchécoslovaques, s’amassent et manœuvrent. On ne sait jamais.

 P1130122.JPG

Mémorial aux Victimes du Communisme de Prague

 

Bam, dans la nuit du 20 au 21 août 1968, les armées du Pacte de Varsovie (URSS, Pologne, Bulgarie, Hongrie et RDA) entrent en Tchécoslovaquie : 400 000 soldats et 6300 chars. La Tchécoslovaquie n’essaye même pas de résister. L’Albanie se retirera du Pacte de Varsovie en protestation à l’invasion, tandis que la Roumanie n’intervient pas : Ceausescu critiquera même ouvertement la politique de Brejnev.

L’intervention sur Prague s’est faite avec des parachutistes en civil avant de carrément faire débarquer des troupes puis du matériel. A quoi bon faire semblant d’être discret, hein ? La prise de Prague est rapide, sans opposition. Alexander Dubcek avait donné ordre de n’opposer aucune résistance. Qu’est-ce qu’ils pouvaient faire de toute façon ? 72 Tchèques sont tout de mêmes tués, ainsi que 19 Slovaques, pour 18 morts dans les troupes du Pacte.

Tout était prévu depuis le 8 avril, c’en est fini du Printemps de Prague et du socialisme à visage humain. Au contraire, Leonid Brejnev durcit désormais sa politique à la tête du Bloc de l’Est. Ils vont voir ce qu’ils vont voir, ces frondeurs, ces amoureux de la liberté !

 

Vidéo d’archives de l’invasion de la Tchécoslovaquie :


 

 

Le mot de la fin sur le Printemps de Prague en lui-même sera pour Gorbatchev, mon cher Gorby, à qui on demandait quelle était la différence fondamentale entre les réformes du socialisme à visage humain et les siennes (la perestroïka et la glasnost). Sa réponse : « dix-neuf ans ».

 

Après cette introduction nécessaire, passons au vrai corps de cet article, qui me tient à cœur. Souvenez-vous de Mohamed Bouazizi, ce Tunisien qui s’est immolé le 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid. Cela a marqué le début de la Révolution en Tunisie et du même coup du Printemps arabe. Je ne reviendrai pas sur les quelques polémiques à propos des réelles motivations de son geste, etc., je ne suis pas là pour ça.

Mohamed Bouazizi ne fut pas le premier à s’immoler, et ne sera certainement pas le dernier.

A la suite du Printemps de Prague et de l’entrée des chars du Pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie, plusieurs hommes ont choisi ce mode de contestation pour protester. J’en présenterai ici quatre : Ryszard Siwiec, Jan Palach, Jan Zajic et Evžen Plocek.

 

 

Ryszard Siwiec

 

La Pologne, membre du Pacte de Varsovie, a participé à l’invasion de la Tchécoslovaquie. Et c’est en Pologne qu’il y eut le premier protestant à s’immoler.

Ryszard Siwiec, né le 7 mars 1909, était un père de famille de cinq enfants, un comptable, un professeur et un ancien soldat polonais. Il s’est immolé à Varsovie, dans le Stade du Dixième-Anniversaire (j’en parlais ici) lors du festival national de la moisson le 8 septembre 1968. Il en est mort quatre jours plus tard, le 12 septembre 1968.

Il ne s’est pas seulement immolé devant plus de 100 000 spectateurs, dont les dirigeants de l’Etat et des diplomates étrangers, mais également devant les caméras de la télévision nationale. On a plus tard dit que c’était le geste d’un déséquilibré.

 siwiec.jpg

Ryszard Siwiec

 

Evidemment, les images ont été conservées, et je vous les présente ici. Les images peuvent choquer, il s’agit d’une vidéo qui montre un homme se suicider en se mettant le feu. Si vous ne pensez ne pas pouvoir supporter, ne regardez pas, mais écoutez au moins les paroles que Ryszard Siwiec avait enregistré deux jours auparavant. La traduction est en anglais, mais même si l’on ne comprend rien au polonais et à l’anglais, l’on peut sentir rien que dans le timbre de sa voix tout le désespoir de cet homme, c’est très émouvant.

 

 

 

Jan Palach

 

Jan Palach, lui, est Tchèque, et beaucoup plus jeune : il est né le 11 août 1948. Il était un étudiant en Histoire à l’Université Charles après avoir étudié à l’Ecole Supérieure d’Economie.

Le 16 janvier 1969, alors que les troupes du Pacte de Varsovie sont encore en Tchécoslovaquie pour « normaliser » le pays, Jan Palach s’immole sur la Place Venceslas à Prague. Il en meurt trois jours plus tard.

La Place Venceslas est l’une des principales places de Prague, l’une des plus grandes. Son geste a donc été vu par énormément de monde. Il s’est allumé au pied de la statue équestre de Saint Venceslas, saint patron de la République Tchèque et ancien monarque au Xième siècle. Aux pieds de la statue est désormais érigé un mémorial à la mémoire de Jan Palach.

Symbole de la résistance, Jan Palach a été célébré, et en janvier 1989, 20 ans après son geste, une semaine de manifestations a lieu à Prague et Vaclav Havel est arrêté pour avoir voulu déposer une gerbe de fleurs à sa mémoire.

 jan_palach.jpg

Jan Palach

 

Pour l’anecdote, une rue à Reims porte le nom de Jan Palach, près du quartier Clairmarais, où j’ai d’ailleurs passé le Nouvel An et beaucoup joué à la console.

 

 

Jan Zajic

 

Né le 3 juillet 1950, tchéque et étudiant lui aussi, Jan Zagic avait auparavant participé à une cérémonie commémorative d’étudiants en souvenir de Jan Palach et de son geste.

 1235384189_jan-zajic.jpg

Jan Zajic

 

Il s’est immolé le 25 février 1969, lui aussi Place Venceslas. La date n’est pas anodine, il s’agissait du 21e anniversaire de la prise de pouvoir des communistes. La police secrète n’autorisa pas son enterrement à Prague pour éviter des manifestations comme celles suivant la mort de Jan Palach.

 

Son nom est bien évidemment associé à celui de Jan Palach dans le mémorial Place Venceslas.

 P1150079.JPG

La Place Venceslas

 

 

Evžen Plocek

 

Evzen Plockek, né le 29 octobre 1929, n’était pas étudiant (à son âge…) mais un ancien artisan devenu directeur adjoint de la compagnie de pièces détachées de voiture Motorpal, et candidat au Parti Communiste. Le jour du Vendredi-Saint, le 4 avril 1969, lui aussi s’immole, mais sur la place centrale de Jihlava (Centre de la République Tchèque, aujourd’hui 50 000 habitants). Juste avant de se mettre le feu, il a laissé un papier avec écrit : « La vérité est révolutionnaire, a écrit Antonion Gramsci » et « Je suis pour un visage humain, je ne peux pas supporter les gens sans aucun sentiment ». Il est mort de ses blessures cinq jours plus tard, le 9 avril. Aucune mention ne fut faite de son cas dans la presse, et c’est avec de grandes difficultés qu’il a pu être enterré.

 plocek.jpg

Evzen Plocek

 

 

L’immolation de Romas Kalanta n’est pas directement liée au Printemps de Prague, mais sa proximité temporelle (1972) me rendrait coupable de ne pas au moins le mentionner. Ce Lituanien s’est suicidé pour protester contre l’annihilation de la culture et de la langue lituaniennes par les Soviétiques.

Oleksa Hirnyk était lui un Ukrainien de 65 ans qui s’est immolé en 1978 pour les mêmes raisons que Kalanta : les coups de force contre l’identité, cette-fois ci ukrainienne, bien évidemment.

Repost 0
1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 07:54

Il fut un temps où les dragons régnaient en Bordeciel. Les Nordiques ont oublié ce temps, l’ont relégué au rang de légende jusqu’aujourd’hui, jour que les dragons ont choisi pour refaire surface et mettre Tamriel à feu et à sang. Seul l’Enfant de Dragon peut s’y opposer…

 

 

Désolé, je divague, je suis toujours en cure de désintoxication post-Skyrim. J’ai besoin de ma dose de dragon. C’est pour ça qu’aujourd’hui, je vais vous conter la légende du dragon de Wawel, à Cracovie !

 

Il fut un temps, avant même que la Pologne n’existât, où habitait dans la colline de Wawel surplombant la Vistule, un terrible dragon. Cette odieuse créature cracheuse de feu mettait la campagne à feu et à sang et réclamait chaque mois une jeune femme pucelle.

On ne sait pas trop bien pourquoi, parce que je sais pas vous, mais j’ai essayé d’imaginer un dragon avec une femme, bah ça a pas l’air super pratique.

Mais bref, passons, c’est la crise, c’est la galère dans les villages, tout le monde se fait attaquer et le dragon veut pas prêter ses pouvoirs pour faire des méchouis.

 

IMG 7391

Le Palais Royal sur la colline de Wawel

 

Le roi Krakus envoie ses meilleurs hommes, les plus preux chevaliers, les Chuck Norris de la lance, les Stallone de l’épée, mais rien à faire, ils se font tous becqueter après s’être fait rôtir thermostat 6.

Ça commence à sentir le roussi, mais le pauvre apprenti cordonnier Dratewka a une idée. Il dépose devant la grotte du dragon un agneau qu’il a préalablement fourré au souffre. Le dragon dévore l’agneau, mais le souffre lui brûle l’estomac, alors la grosse bête se précipite vers la Vistule pour boire. Il ne peut étancher sa soif, si bien qu’il boit presque tout le fleuve avant d’imploser. J’imagine pas quand il a fallu ramasser les morceaux.

 

Tout le monde fut sauvé, Dratewka épousa la fille du roi Krakus, qui lui-même fonda Cracovie (Krakus -> Krakow, vous suivez ?). Ils vécurent heureux, eurent pleins d’enfants, tout ça tout ça.

 

Au pied du Palais Royal de Cracovie a été érigée une statue du dragon, qui crache des flammes à intervalles réguliers.

 

P1150405

La statue du terrifiant dragon

Repost 0
16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 07:16

Le 13 décembre dernier était « célébré » le 30e anniversaire de l'application de la loi martiale en Pologne, en 1981. A cette occasion, dans les rues ont paradé des hommes en tenue de soldat communiste et une reconstitution d’une échauffourée entre manifestants de Solidarnosc et l’armée a eu lieu dans la Vieille Ville, ce qui m’a donné l’impression d’être vraiment revenu 30 ans en arrière.

 

doc_brown-full-11.jpg

Nom de Zeus Marty, nous sommes en 1981 !

 

Petit point d’histoire pour commencer car ne feigniez pas d’être au point sur l’histoire de la Pologne, je sais pertinemment que vous n’y connaissez strictement rien.

 

Il faut donc savoir que l’état de siège n’a pas duré quelques jours ou quelques mois, mais s’est étendu du 13 décembre 1981 jusqu’au 22 juillet 1983. Ce stan wojenny (littéralement « état de guerre ») a été décidé en réaction à l’influence grandissante du syndicat Solidarnosc qui prônait la liberté, les cons ! On se souvient des images des grèves à Gdansk avec ce cher Walesa au-dessus d’une grille et s’adressant à la foule. Si vous ne vous en souvenez pas, j’ai reconstitué la scène sur place, excepté pour la moustache :

 

P1150554.JPG

 

Bref, ce que je pensais être un article sur la loi martiale va finalement se transformer en article sur 1980-81 en Pologne. Soit. Si c’est ce que vous voulez. J’espère que vous êtes prêts.

 

Dans la Pologne communiste, les seuls syndicats autorisés étaient liés au pouvoir. En 1980, Anna Walentynowicz (décédée dans le crash de Smolensk en 2009) crée le premier syndicat indépendant et se fait (logiquement) licenciée pour cela le 7 août 1980, perdant son droit à la retraite à cinq mois de celle-ci. Une grève éclate en réaction le 14 août, donnant naissance à Solidarnosc (Solidar-nau-ch-tch), créé par Walentynowicz et un électricien, Lech Walesa. Le mouvement réussi à fédérer un nombre incroyable de personnes contre le pouvoir, bien aidé en cela par une autre figure de l’Histoire polonaise contemporaine : le Pape polonais Jean-Paul II, qui aura son article un jour ou l’autre ici.

Solidarnosc établit un programme en 21 points, dont voici l’une des photos, préservé tel qu'il était dans un musée à Gdansk :

 

P1150538.JPG

 

Il faut bien comprendre que si Solidarnosc a pu se développer, c’est avant tout grâce à la grande mansuétude des dirigeants communistes d’alors. En 1970, un mouvement social a eu lieu à Gdynia et les généraux ont été moins cléments en faisant tirer sur la foule, entrainant des dizaines de morts. Seulement, si Varsovie laisse Solidarnosc se développer (le syndicat regroupe 10 des 13 millions de travailleurs polonais et il a tenu un gigantesque congrès en septembre 1981), ce n’est pas du goût de Moscou qui voit en ce syndicat une menace importante à la stabilité de ses Etats satellites. Pour éviter que l’armée rouge ne vienne régler la situation à sa manière, la loi martiale entre en vigueur le 13 décembre 1981.

 

L’état de siège donne les pleins pouvoirs au Général Jaruzelski, qui dirige un Conseil militaire de salut national. Jaruzelski cumule les mandats, il est également Premier Ministre et Premier Secrétaire du Parti Communiste. Un homme occupé.

L’armée descend dans les rues, réprime les manifestations. Couvre-feu, censure, fermeture des frontières et des aéroports. C’est la guerre. Sans procès, des milliers de militants sont internés et les services secrets « s’occupent » des dissidents les plus dangereux, balançant par exemple des curés influents à la flotte. Walesa reçoit le Prix Nobel de la Paix en 1983 mais ne peut se déplacer, étant sous surveillance policière. C’est sa femme qui se rendra en Suède.

 

Personnellement, je trouve ça super bizarre de célébrer les 30 ans du durcissement de la dictature communiste, mais c’est pour ne pas oublier le long combat vers la liberté. C’est ce que symbolise la (longue) reconstitution de la répression d’une manifestation devant le Palais royal de la Vieille Ville de Varsovie. Pas vraiment besoin de donner d’explications, je vous laisse plutôt regarder les vidéos.

 

Repost 0
5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 07:58

[Attention, article interdit au moins de 14 ans et aux filles sensibles qui pleurent pour rien]

 

Pour ceux qui auraient séchés les cours d’Histoire au collège, la Pologne a été envahie par l’Allemagne à la fin de l’été 1939. Invasion rapide, vite fait bien fait, malgré de jolis actes de résistance, comme à Westerplatte (que j’aborderai peut-être dans un article, j’ai visité les lieux de la bataille près de Gdansk).

La Pologne est occupée, et il est de notoriété publique que les Allemands n’étaient pas très gentils à cette époque. Les Polonais ne se sont bien évidemment pas laissé faire, et la résistance s’est organisée en de multiples réseaux.  Et qui dit résistance dit également répression. Et pour ça, les Allemands étaient doués.

 

A Varsovie, il y a eu deux grands centres de détention et de torture des prisonniers reconnus coupables ou  non de résistance à l’occupation, de crime politique, de tout et n’importe quoi : Pawiak et Szucha (prononcez Chou-rat). J’ai eu la « chance » de pouvoir visiter ces deux lieux de sinistre mémoire, ou plutôt de ce qu’il en reste : les Allemands ont fait exploser Pawiak lors de leur retraite et il ne reste qu’un morceau de barbelé à l’entrée et le premier sous-sol. Quant à Szucha, le bâtiment est intact et fait aujourd’hui office de…Ministère de l’Education.

 

J’ai toujours quelques problèmes à prendre en photo des endroits où des centaines de personnes ont été torturées à mort et ensuite les publier, donc je n’ai rien de personnel à vous montrer de l’intérieur de ces prisons transformées en musées, je vais préférer utiliser les photos officielles des musées.

 

 P1150815.JPG

L’entrée de Szucha

 

Pawiak

 

La terrible carrière de mort de Pawiak n’a pas commencé avec les tendres Germains. L’immense bâtiment a été construit en 1835 en tant que prison (les plans sont signés du parrain de Chopin, pour l’anecdote). Après l’insurrection de 1863, Pawiak sert de centre d’internement pour les rebelles en instance de transfert vers la Sibérie (oui, à cette époque, ce sont les tsaristes qui contrôlent Varsovie). Les sévices commencent déjà à cette époque. En 1918, après l’indépendance de la Pologne, Pawiak redevient une prison normale pour hommes.

En 1939, la Gestapo décide d’en faire sa prison. Environ 100 000 hommes et 200 000 femmes passèrent par Pawiak, aussi bien des résistants, des prisonniers politiques que des civils pris dans des rafles de rues. Envion 37 000 furent exécutées à Pawiak et 60 000 envoyées dans des camps, de la mort ou de concentration. Ce ne sont que des estimations, les archives ayant péries avec le bâtiment.

En effet, devant l’imminence de la défaite face aux soviétiques et face à l’Insurrection de Varsovie, les Allemands abattent tous les prisonniers (nombre inconnu) et font tout exploser le 21 août. Pas de preuve, pas de crime, semblaient-ils penser.

 

P1150806.JPG

Pawiak

 

Le musée est donc tout plat, souterrain. Sur les murs du rez-de-chaussée du seul bâtiment restant, des plaques commémoratives aux victimes de Pawiak. A l’entrée, il y a toujours un morceau du mur d’enceinte et donc un morceau de barbelés.

A l’intérieur, il ne reste que quelques cellules qui ont été reconstituées telles qu’elles étaient durant la guerre. Le couloir qui y mène n’est pas très large et est oppressant. C’est un véritable couloir de prison, où les pas résonnent terriblement. La grande salle principale héberge une exposition permanente sur la période 1939-1944. Y sont présentés des objets ayant appartenus aux prisonniers, ainsi que les reportages des journaux étrangers d’époque sur l’invasion et l’occupation de la Pologne. Beaucoup de caricatures également (et à ce jeu-là, les Français libres sont les plus incisifs). Comme dans tous les musées de ce genre, un mur est réservé aux victimes, avec une gigantesque mosaïque de photographies en noir et blanc qui ne peut être exhaustive étant donnée l’ampleur du massacre. Ma partie préférée de l’exposition a été la présentation sur de grands panneaux transparents posés au milieu de la pièce de quelques destins de résistants « ordinaires », comme cette femme, infirmière à Pawiak (fallait bien retaper les torturés avant de recommencer à les faire souffrir, torturer un mort c’est moins drôle) et qui faisait passer des messages importants, a été torturée à mort et n’a jamais rien dit pour ne compromettre personne au-dehors. Ça redonne un peu foi en l’humanité.

 

 pawiak_02.jpg

Des visages sur des listes de noms (piqué sur www.warsawtour.pl)

 

Un symbole de Pawiak qui a survécu à la destruction du site a été un arbre, un orme, près de l’entrée. Avec le temps, les survivants et les familles des victimes, ou tout simplement des Polonais lambda, y ont accroché des plaques commémoratives. Malheureusement, cet arbre, témoin impassible de toutes les horreurs commises à Pawiak est tombé malade. Il a été artificiellement maintenu en vie, mais il a fallu le couper. Il a été copié à l’identique, en métal, et les plaques y ont été à nouveau apposées. Le musée héberge les restes de l’arbre. Même lui n’a pas survécu à la barbarie de Pawiak.

 

 P1150810.JPG

Les ruines de l’entrée de Pawiak avec l’arbre en métal

 

 

Szucha

 

 

En réalité, Szucha est le nom de l’avenue où se trouve le massif bâtiment qui a servi de quartier général à la SS et autres polices allemandes. Les sous-sols servaient de prison pour les prisonniers fraichement attrapés ou pour ceux transférés depuis Pawiak. Il était plus facile de les faire venir que d’aller à eux, voyons. Après la guerre, il a été décidé de laisser quatre cellules communes et dix cellules individuelles intouchées. Telles qu’elles étaient. C’est le gros du Mauzoleum Walki i Meczenstwa, le Mausolée de la Lutte et du Martyre. On entre donc, on se fait assaillir par un écran géant montrant des témoignages de survivant en polonais, et ensuite en anglais. Ça commence bien. Nous nous engouffrons dans un premier couloir, celui des cellules individuelles, avec leurs lourdes portes de métal. Un bruit de fond : les bottes des soldats allemands qui résonnent au-dehors. Glauque. Des panneaux explicatifs montrent des plans de chaque cellule avec indiqués où sont les inscriptions gravées il y a 70 ans par les prisonniers destinés à mourir : des déclarations d’amour, mais aussi des bravades pour une Pologne libre. Des trous dans les murs, également. Lorsqu’il fallait exécuter un prisonnier, pas la peine d’ouvrir la porte, juste viser par le judas, et voilà. C’est l’explication de ces nombreux trous au fond des cellules.

 

Vient ensuite la reconstitution d’un bureau d’officier allemand, avec une exposition de tous les instruments de torture. Et après, les quatre cellules collectives, les « trams ». Les prisonniers nouvellement débarqués devaient attendre dans cette salle, assis, bien droit, sans bouger ni parler, le regard droit devant, qu’ils se fassent interroger. Cela pouvait durer deux ou trois jours. Si un prisonnier osait bougeait, il n’était pas rare qu’il soit battu à mort. Dans ce couloir, une note sur le mur indique que le plancher sous mes pieds était en permanence couvert du sang des prisonniers torturés à mort. Les cadavres de ceux qui n’avaient pas survécus étaient allongés là, contre le mur, en attendant que quelqu’un prenne la peine de s’en occuper. Et toujours ces bruits de bottes.

2477136-The_Tram_Warsaw.jpg

Les trams

 

Clairement, Szucha est le plus glauque des deux musées. On en fait le tour en trente minutes, mais c’est bien assez. Certaines personnes ne peuvent clairement pas supporter. D’ailleurs, l’entrée est interdite aux visiteurs de moins de 14 ans.

 

Pour conclure, je copie ici le texte écrit en gros à l’entrée du musée, d’après une inscription sur un mur de cellule :

 

It is easy to speak about Poland.

It is harder to work for her.

Even harder to die for her.

And the hardest to suffer for her.

 

Il est facile de parler de la Pologne.

Il est plus dur de travailler pour elle.

Encore plus dur de mourir pour elle.

Et le plus dur est de souffrir pour elle.

 

Je vous donne rendez-vous à très bientôt pour de nouveaux périples en Pologne (comment j’ai cassé l’ambiance, là).

Repost 0