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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 07:52

Alors que nous flânions dans les jardins du Palais de Wilanów avec un ami français à la fin de l’hiver, marchant au bord de la Vistule gelée, une vieille dame engoncée dans des habits bourgeois nous accosta.

 

- Excusez-moi, vous parlez français ?

- Oui, répondis-je.

 

Nous devions repartir quelques minutes plus tard pour visiter un musée exposant tout un arsenal de véhicules de la Seconde Guerre Mondiale, la première réaction fut un rejet, mais elle nous demanda ce que nous faisions à Varsovie. Je répondis que je « travaillais » pour une Fondation politique après des études dans le même domaine.

J’aurai dû prendre la mouche quand j’évoquais le volet culturel du travail et qu’elle dit que « de toute façon, je pense pas que ça serve à grand-chose ». Elle dit qu’elle travaillait en Suisse et qu’elle souhaitait parler avec nous de politique.

Mon ami me regarda, je le regardai, et je pris sur moi d’accepter : cela eut pu très bien m’ouvrir des portes au niveau professionnel, et vu mon manque de réseau, je ne pouvais pas cracher dessus.

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Le Palais de Wilanów, le jour fatidique.

 

Nous revinrent devant le Palais de Wilanów et entrèrent dans la riche café située dans une dépendance du Palais. Assis dans un décor luxueux autour d’une petite table, elle commanda avec dédain à la serveuse un Chocolat blanc chaud, et soucieux de nos économies, nous prîmes avec mon ami deux des moins chères boissons de la carte, un petit café et une bouteille d’eau.

 

Là, elle commença à parler, me questionnant sur Nicolas Sarkozy, sur François Hollande… Mon ami avait totalement disparu, victime du fait qu’il n’avait pas fait d’études en politique. C’est vrai qu’il faut avoir fait beaucoup d’études pour avoir un avis qui compte, hein.

Et là, elle embraya, elle avait vu Sarkozy et Kadhafi à l’Elysée, elle trouvait que ce que notre Président avait fait en Libye, ce n’était pas très bien parce que Mouammar, bah c’était quand même un bon copain et il était gentil.

 

Et là, elle exposa une idée totalement folle, du haut de sa richesse et de sa haute-bourgeoisie : elle voulait créer une nouvelle organisation internationale et cherchait des appuis. Bon, elle était mal tombée avec moi, le plus important lobby que je pourrais monter étant à la faculté de Reims. Selon elle, il faudrait une organisation qui chapeauterai tous les Etats car ce sont de grands enfants qui ne font qu’à se chamailler et qu’il faudrait une maîtresse (=elle) pour leur taper sur les doigts et faire respecter l’ordre. Elle ajouta que les militaires avaient une belle vision du monde et étaient compétents, donc qu’ils pourraient décider sans passer par les hommes politiques qui ne pensent qu’à eux. Je lui dis que les militaires ne sont pas élus et ne sont pas représentatifs. « Et alors ? »

J’ajoutai que son idée d’organisation n’était pas nécessaire, mais que cela pourrait passer par une réforme du Conseil de Sécurité de l’ONU. « Non, non, mon organisation doit être en compétitivité avec l’ONU ». Après quelques autres échanges irréels, elle me demanda mon nom et mon numéro de téléphone, je lui donnai. Elle se leva, s’excusa car elle n’avait pas d’argent pour payer et nous laissa en plan alors qu’elle puait le fric à des kilomètres (elle logeait au Palais-même).

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Le Palais à la même période l’année précédente.

 

Nous nous regardâmes avec mon ami, échangèrent un regard éberlué avec la serveuse qui s’était faite elle-aussi maltraitée (et qui était très mignonne avec ses cheveux d’une blondeur resplendissante) et nous fûmes forcés de payer son #%!@§ de Chocolat Blanc chaud.

 

On venait de se faire prendre de haut et laissé humilié par une vieille bourgeoise totalement allumée du ciboulot qui nous avait laissé l’addition. On a mis quelques minutes pour comprendre et s’en remettre. Je ne lui souhaite que du malheur, qu’un piano lui tombe sur le coin du crâne !

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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 07:48

Avant le 15 septembre 2010, je n’avais jamais mis les pieds en Slovaquie. Pour tout dire, je n’avais pas vraiment envie de partir. Tout seul, je savais déjà que je devrai partager ma chambre et parler à des gens, ça ne me tentait pas trop. Et puis la Slovaquie quoi, c’est pas hyper sexy.

 

Le 13 septembre, j’avais eu la chance de voir Guns N’ Roses en concert à Paris, j’y étais donc resté. J’avais donc fait mes adieux à ma famille et mes amis deux jours avant mon départ effectif. J’avais longtemps auparavant regardé ce qu’il y avait à Banska Bystrica, je pensais que c’était minuscule et qu’il n’y avait rien à faire, nulle part où faire du shopping et s’amuser par exemple. Quel con.

 

Mais j’en tirais, une de ces têtes ! Et je ne parle même pas du matin où je suis parti de Paris, traversant la capitale en métro jusque Porte Maillot pour prendre le bus vers Beauvais, saluant depuis la vitre du car une amie, à qui je reprochais de pas ne me sortir de là et me sauver. Je me rassurais en me disant que si je m’arrangeais avec mes profs là-bas, je pourrai revenir en France en décembre, cela ne ferait même pas trois mois… Au final, j’y suis resté huit mois.

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La vue depuis mon balcon le premier jour…

 

A Beauvais, je me suis aperçu que mon bagage dépassait la limite de poids, alors je commençais déjà à baliser, je vais devoir abandonner des trucs… Finalement, la gentille employée de Ryanair a dû voir ma tête et a laissé passer mon bagage, en me disant juste de faire attention la prochaine fois. Et l’attente a commencé dans le vieux hall tout pourri de l’aéroport de Beauvais. Pour tuer le temps, j’achetais des caramels pour ma buddy et des chocolats pour l’amie qui viendrait me chercher à l’aéroport de Bratislava. Finalement, mon amie récolta également les caramels, et je n’ai vu ma buddy que par hasard à un match de football plus de deux mois plus tard.

 

Attente dans le hall d’embarquement, derniers SMS et appels, upload de mon statut Facebook… Je fus le dernier à passer la porte d’embarquement, et le dernier à mettre les pieds dans l’avion, jetant un dernier regard sur la morne et grise plaine de l’Oise. Evidemment, il ne restait qu’une place dans l’avion, mais pas pour mon bagage à main, que le commandant emmena avec lui avec un grand sourire. Les gens étaient vachement gentils, je devais vraiment faire la gueule.

Je me rappelle très bien du moment où j’ai foulé le sol slovaque, mon bagage à main de retour en ma possession, j’avais mon baladeur dans les oreilles, c’était Welcome to the Jungle, des Guns N’ Roses (toujours). C’était prophétique.

 


 

Lorsque je récupérai ma lourde valise, celle-ci se brisa au niveau des roulettes, si bien que je dus la porter du bout de la main, l’autre étant déjà occupée. Tout commençait bien. Je saluai mon amie qui était venue me chercher en voiture avec son père, je m’installai confortablement, mangeai un sandwich préparé avec amour, bus quelque chose dont je n’ai aucun souvenir, et me voilà parti.

Dieu que c’est moche ! Parcourir Bratislava et sa région minèrent encore plus mon moral… Nous passâmes Nitra, avec ses pubs géantes de femmes aux gros seins pour vendre des ordinateurs (logique), et nous enfonçâmes vers Banska Bystrica. Sur la route, nous manquâmes de mourir trois fois à cause des chauffeurs en sens inverse. Maman je veux rentrer à la maison.

 

Nous arrivâmes à Banska, c’est mignon ces montagnes, toute cette verdure, c’est nice… Mon amie habitait en banlieue, dans de grands ensembles communistes qui semblaient vétustes de l’extérieur. Oh God, c’est tout gris et décrépi. Mais à l’intérieur, ça allait, c’était bien rénové. Je fis connaissance avec les parents, super gentils, je mangeai à ma faim, je me pieutai en regardant une télé LCD, c’était un match de Champions’ League, Chelsea – Zilina (ville du nord de la Slovaquie où je fus plus tard bloqué une nuit d’hiver…).

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La vue depuis la chambre de mon amie, première nuit en Slovaquie

 

Le lendemain, il fut temps de m’enregistrer dans mon dortoir. On y alla en bus. Mais c’est quoi ces bus ? Ils datent du XIXe siècle ? J’ai peur qu’il se disloque quand il roule !

Et c’est quoi ce dortoir tout fissuré ? Mate moi ce dortoir sur la gauche, on dirait qu’il va s’écrouler ! Oh merde, finalement ça sera le mien. Et je serai au dernier étage. Aucune échappatoire. Je fus enregistré, payai le loyer (150€ pour trois mois), montai, tout était désert… J’étais l’un des premiers arrivés. Et ce fut le drame : je savais que je devrais partager ma chambre, mais je pensais avec une seule personne… Devant mes yeux s’étendaient trois lits. Eh merde.

Bon aller, je branchai mon câble Ethernet pour aller sur Internet. Ça ne marchait pas. On se renseigna. IL N’Y AURA PAS INTERNET DANS LES CHAMBRES CETTE ANNEE. Je pensais à me jeter du haut de mon balcon. Mon amie me laissa seul dans ma chambre… Je me barricadai, ferma tout à double-tour et attendis patiemment que mon heure arrive.

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Ça fait quand même très Tchernobyl

 

Et finalement, deux jours plus tard, mon coloc turc est arrivé, un petit-déjeuner en tête à tête de sept heures, un coloc slovaque qui arrive, de la Borovicka, des gens qui montent au 8e étage, attirés par le bruit et je me sentais comme chez moi. D’autant plus que je captais le signal wifi du couloir du dortoir à mon bureau, le seul de tout le dortoir qui le pouvait. Quel chanceux.

 

Moralité : il ne faut pas se fier aux premières impressions et aux clichés que l’on a, parce que, quand même, l’Europe centrale, c’est super funky.

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21 mars 2012 3 21 /03 /mars /2012 07:20

J’ai jamais été attiré par le bodybuilding. Ça se voit, vous me direz, avec mes abdos en nutella et mes muscles en crème chantilly. Mais il me fallait bien commencer cet article par quelque chose.

 

Lorsque mon colocataire turc et moi avons découvert le larron qui allait occuper notre troisième lit, on a eu vite fait de ranger notre (mon) bordel (ça a duré trois jours, mes vêtements étaient de retour sur tous les murs dès que je me suis aperçu qu’il était gentil). Une bête de muscle. Des pectoraux en béton. Il aurait pu m’ouvrir les entrailles avec deux doigts, et farfouiller dans ma graisse pour y prendre mes reins et les revendre. Mais en fait c’était un gros nounours qui se nourrissait de poudre de protéines.

Ce n’est pas un cas isolé, mon second colocataire (le tueur de lunettes), est passé d’un rondouillard bon vivant à un strict mangeur de protéines en poudre au cours de l’année, quand il a eu envie de « se faire » une demoiselle. La transformation fut incroyable. Deux Slovaques dans mon « appartement », deux qui bouffent des protéines, ça fait donc 100% des Slovaques qui font du bodybuilding. Vous avez vu, je pourrai bosser pour l’INSEE. Ou l’UMP.

Dans beaucoup de chambres de Slovaques où je suis passé, j’ai encore trouvé quelques gros paquets de protéines en poudre un peu partout. Et les Slovaques qui vont à la gym, il y en a plein. Alors moi, j’ai décidé de faire pareil. Vivien à la gym !

 

En fait, Musclor il était slovaque :

 

En fait, c’est mon colocataire nounours qui m’y a emmené. M’y a trainé est plus juste. A force de me proposer de venir, et qu’à chaque fois je m’esquivais, il a bien fallu qu’un jour je ne trouve pas d’excuses et qu’il m’embarque. Et le pire, c’est qu’il n’y avait pas une fille dans cette salle.

Après m’être changé dans un vestiaire miteux, j’ai payé 2€ pour une heure et demi de séance et un demi-litre de boisson hyper protéinée. Ça va, je bois du steak liquide, jusque-là tout va bien.

Et là, au lieu de me laisser faire quelques conneries dans mon coin (j’avais vu des balles géantes, je voulais déjà aller sauter dessus), mon ami m’ordonne de faire une série de quinze tractions. Moi je veux bien, mais mes pieds doivent vraiment décoller du sol ? Parce que ça va pas être vraiment possible si je dois vraiment lever toute ma carcasse.

Une traction, je sue au maximum.

Deux tractions, je découvre que je peux encore plus suer.

Trois tractions, mon cœur s’emballe.

Quatre tractions, mes muscles lâchent.

Après ces quinze tractions, je n’ai pas le temps de me reposer, il me donne des haltères de sept kilos, et vas-y que je fais des séries de 30 avec chaque bras.

Alors que j’échafaude des plans pour supprimer mon cher ami à coups d’haltères enfoncés dans le plexus solaire, je dois à chaque fois aller tester d’autres machines. L’apogée étant quand j’ai dû m’allonger et porter un haltère géant du bout des bras, comme dans Rocky. Mais je suis pas Ivan Drago, je suis plus Mickey.

 

Ça a duré une heure et demi comme ça. J’étais mort, totalement mort. Mais après on a été mangé une glace alors ça a été, en fait. Et je me suis promis que je ne remettrai jamais les pieds dans une salle de gym.

 

Faut dire que jusque-là, les seules salles de gym où j’avais été, c’étaient celles-ci… :

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Et non, désolé, il n'y a pas de photos de moi à la gym, bwahahaha !

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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 07:16

J’ai côtoyé les plus grands de ce monde, tout le monde le sait. Mais j’ai rencontré personnellement l’un des hommes les plus puissants de ce monde : Barack Obama. Enfin, j’étais derrière un cordon militaire et lui était à 150 mètres de moi, mais ça compte quand même.

 

 Ce jour de mai 2011, j’ai appris qu’Obama donc, devait être en visite en Pologne. Après quelques hésitations, vu que j’étais déjà dans le centre-ville, je me suis décidé à aller le chercher. Il ne devait pas être difficile à trouver, ça devait être le seul Noir à Varsovie ce jour-là (ce qui est, pour parler sérieusement, est vrai : la population polonaise n’est pas du tout métissée, mais ça on s’en doutait un peu).  De plus, il suffisait de suivre les forces de l’ordre. Il ne pouvait strictement rien arriver à l’ami Barack, tout était quadrillé (normal, me direz-vous). Circulation bloquée dans presque tout le centre-ville, ce qui m’a donné l’impression de déambuler dans une ville post-zombie outbreak, assez sympa mais effrayant. Finalement, l’information m’a été donnée qu’Obama devait rendre hommage à la tombe du soldat inconnu polonais. Je me poste donc tout près, surveillé de près par les militaires, mitraillettes en bandoulière. Dans le ciel, c’est une danse d’hélicoptères qui ne cessent de se croiser.

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C’est pas le moment de faire le con, c'est un coup à recevoir un coup de trompette.

 

Arrive enfin l’instant fatidique : une vingtaine de voitures déboulent en grandes pompes sur la gigantesque place, des hommes en costume partout. Comment reconnaitre Barry ? Bah c’était simple, c’était le grand échalas qui avait l’air un peu cool, pas guindé à surveiller aux alentours. Il rend donc hommage au soldat inconnu, hommage dont je ne vois absolument rien, et il repart.  Que ce fut époustouflant, épatant et plein d’émotions ! Mais je pourrai dire à mes enfants que j’ai entraperçu un Président des Etats-Unis, et en rajoutant dans mon récit des explosions et de la musique classique, ça devrait les impressionner.

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Mais où est Barry ?

 

La partie la plus cocasse de mon périple a été de retourner à la maison. Comme vous le savez, Varsovie est séparée en deux par la Vistule, et je devais retourner de l’autre côté du fleuve, à Goclaw. Haha. Pour protéger Obama, ils avaient coupé la circulation sur le pont, empêchant donc les transports en commun d’y passer. Il faut alors bien s’imaginer le ciel orageux (ça ne s’invente pas), un vent terrible et des hélicoptères tournoyant sans cesse au-dessus de nous, alors que nous marchions dans un flot continu de personnes quittant (fuyant !) le centre-ville vers l’autre rive du fleuve. Vis ma vie de réfugié, c’était assez bizarre. Et surtout, qu’est-ce qu’il est long ce pont !

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La tombe du soldat inconnu.

 

Bref, j’ai vu Barack Obama.

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Si j’connaissais l’con qu’a coupé l’pont…

 

(Un jour, Ségolène Royal était à dix mètres de moi, et ses petits soldats se sont battus avec des camarades de classe parce qu'ils avaient osé formuler des objections à son projet. Mais c'est quand même moins classe à raconter, hein ?)

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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 09:56

J’ai fait la connaissance de Clony alors que je me baladais dans le centre commercial de Banska Bystrica, Europa. C’était la période d’Halloween, et je me cherchais un déguisement. Si j’ai fini par me déguiser en Zombie Hunter Cow-Boy With Dinosaur from Outer-Space, je n’ai pas pu résister à adopter Clony, tout seul à côté du vilain Darth Vader qui ne faisait rien qu’à le bizuter avec sa grande bouille noire.

 

Clony est tout d’abord resté accroché au mur de ma chambre un bon bout de temps, seul entre le billet d’entrée au gala de l’Université et des drapeaux slovaque et polonais. Mais ça, c’était en 2010. 2011 a été une toute autre année pour Clony, qui s’est mis à découvrir le monde ! Nul besoin de courir de Coruscant à Kashyyyk en passant par Mon Calamari pour voir du pays, l’Europe Centrale est déjà bien suffisante.

 

Alors que Clony était tout timidement accroché au mur de ma chambre, un trublion français me l’a emprunté pour faire le petit foufou, et c’est là que mon cher ami s’est totalement affranchi de moi. Il a d’abord été à un concert de death hard rock metal black grindcore, duquel il est revenu indemne.

 

Il est ensuite parti à Kosice avec moi pour les Erasmus Days.

 

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Ce fut le début de la fin. Clony se mit alors à mener une vie de bohème, entre boisson et guitare :

 

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Horrifié par son état qui se détériorait de jour en jour, je me suis décidé à le rapatrier en France. Nous sommes donc allés à Prague, où il n’a pu s’empêcher de se goinfrer au KFC.

 

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Aujourd’hui, Clony repose à nouveau contre un mur, mais chez moi, en France, désormais, avec comme souvenir de toute son expérience d’anciennes traces de rouge à lèvres déposées près de ce qui doit être la bouche d’un soldat de l’Armée de la République, et sur son crâne, tel un Fabien Barthez de l'hyperespace.

 

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12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 07:34

Beaucoup d’enfants rêvent de travailler auprès d'animaux, comme dans un zoo par exemple. Personnellement, mon rêve était plutôt de travailler à Jurassic Park, mais malheureusement, il s’est avéré que compléter de l’ADN de dinosaure trouvé dans un moustique emprisonné dans de l’ambre avec de l’ADN de grenouille hermaphrodite, c’était du pipeau. J’ai tout de même pu me consoler en faisant plusieurs fois l’attraction Jurassic Park du Parc Universal Studios de Los Angeles. J’adore les dinosaures. Ce sont mes copains, surtout les Long-Cous ; les Trois-Cornes aussi sauf quand elles sont vilaines comme Cera. Mais j’aime pas du tout les Dents-Tranchantes !

Terminons ici cette digression, tout ça, c’est juste pour dire qu’en Slovaquie, j’ai bossé pendant une journée dans un zoo.

 

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Welcome to (a replica of) JURASSIC PARK.

 

C’était à Kosice (Ko-chi-tsé). Et c’était un piège. Il s’agissait des journées spéciales réunissant tous les Erasmus de Slovaquie. Au premier semestre, c’était à Banska Bystrica et un mec était venu avec une tête de cheval. Bref, nous étions donc au début du mois de mai, et il faisait super chaud. La veille, nous avions dû supporter une des organisatrices qui passaient juste son temps à nous gueuler dessus. Mais ce jour-là, ça aurait dû être mieux ! Le programme, c’était « Social Activity » au zoo. On allait bien se marrer ! On allait faire des jeux ! Avec des animaux ! Tout d’abord, j’ai été lâchement abandonné par mes compères, qui ne voulaient pas rester avec la femme tyran. Je me suis retrouvé absolument tout seul avec une lettone et un finlandais. Tous mes amis turcs, français et polonais avaient disparus pour aller au MacDo toute la journée (il y avait un menu avec deux Big Macs pour 5€ !). C’est pas grave, il restait pleins d’Erasmus de Zilina, Bratislava, Kosice, Nitra… Et on allait au zoo !

On prend le bus, on s’en va dans les collines entourant Kosice, c’était absolument magnifique, les collines en fleurs, avec les hautes herbes, le soleil brillant, pas un nuage dans le ciel bleu… Un rêve. On arrive au zoo. On est accueillis par un des gérants. Bon, alors déjà, le zoo, qui avait été prévu pour être le 3e plus grand d’Europe, n’a jamais été fini. C’est pas grave. Et là, c’est le drame : « on a pas de sous, vous allez nous aider à finir le zoo ». LOL.

 

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Oh ! Bébé chameau qui se repose !

 

Je me cache. Je me dis qu’il va falloir que je m’évade. Que je prenne le maquis ! J’évite la terrible sélection qui rappelle les heures les plus sombres de notre histoire : je n’hérite ni d’un râteau pour ramasser des feuilles, ni d’une pelle pour planter des arbres. Je récupère un pinceau. Je suis désigné pour repeindre en vert l’enclos des singes. C’est quand même moins sexy que celui des Vélociraptors ou du Tyrannosaure Rex.

 

Me voilà donc parti sous un terrible cagnard, après un détour par les petits faons, et je me mets à peindre des barrières rouillées devant des singes qui se foutent ouvertement de ma gueule. La peinture pue, je m’en mets sur mon joli t-shirt noir que j’avais acheté à Barcelone et sur mes fausses Converses noires achetées à 10€ à Banska.  On est seulement trois pour toute la clôture, c’est terrible. Je me prends des coups de soleil, en plus !

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Photo exceptionnelle ! Vivien qui TRAVAILLE !

 

On finit et on a le droit à une soupe trop chaude, et c’est tout. Eh bah dis donc, on est bien récompensés ! J’ai dû me prendre deux hot-dogs à côté pour être plein. On a fait le tour du zoo, c’était décevant ! Il y avait deux ours, un tigre, une autruche qui a voulu me bouffer (cf. vidéo), et de grands enclos totalement vides pour les dinosaures. Faudrait bien que je revienne l’année prochaine pour finir de construire le zoo, et peut-être que je leur ramène quelques animaux aussi…

Mais j’ai bossé dans un zoo, quoi ! Et ça, ça claque.

 

Et maintenant, gare à l'autruche !

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 07:50

Je suis parti en Slovaquie, j'avais de belles lunettes bien droites.

Je suis revenu de Slovaquie, j'avais de belles lunettes tordues qui penchent sur la droite et qui ont des verres de couleurs différentes.

 

Pourquoi ?

 

Tout cela remonte au mois de novembre 2010. Le championnat de football de la faculté de politique de l’Université de Banska Bystrica bat son plein. L’équipe Erasmus a gagné son premier match 16-2, et le second contre le champion sortant 6-4 grâce à des arrêts de grande classe de leur gardien de but, qui est sorti groggy, les genoux en sang de ce duel à mort contre des doctorants enivrés. Ce gardien, c’était moi, évidemment. Dernier rempart d’une tactique en 1-0-4 (tout le monde devant, Vivien se démerde), je devais être éliminé.

L’autre équipe prétendante au titre était celle de mon colocataire slovaque. Il s’agissait de notre futur adversaire. L’après-midi avant le match, alors que je profitais d’une sieste réparatrice pour me consacrer pleinement à ma gracieuse prestation à venir, mon colocataire est venu me demander si je voulais quelque chose car il allait à LIDL. Le fourbe ! J’avais posé mes lunettes sur ma chaise, à côté de ma tête. Et il s’est assis dessus, brisant un verre et tordant la monture.

Le match s’est soldé par une défaite : j’étais aveugle et je me suis pris un coup de genou dans la mâchoire dès le début du match, tellement fort que j’ai cru que j’avais perdu mon crâne dans la bataille (fallait pas qu’elle s’en aille, wo-oh-oh). Nous avons perdu d’un but, et l’histoire retiendra que nous avons touché cinq fois les poteaux. Ça ne s’invente pas.

 

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Le terrain de football où j’ai perdu ma mâchoire et mon premier match (avec l'école communiste derrière)

 

Une fois obtenu réparation de mon colocataire, j’ai pu aller voir l’opticien de Banska Bystrica qui m’a dit qu’il ne pouvait rien faire pour la monture sans les outils adéquats (genre il faut une pioche en diamant pour remettre une branche), mais qu’il pouvait s’occuper du verre. Très bien, 37€, et je vais me manger un hamburger chez Papa Chicken en voyant clair.

 

Mais ce n’est pas fini… Ce n’est JAMAIS fini.

Fin février, l’on joue au football (encore ! quelle plaie ce sport de rustres) sur un terrain synthétique bleu, entre Erasmus, dans la joie et l’allégresse avec nos nouveaux amis fraichement débarqués.

J’étais cette fois-ci attaquant. Alors que je faisais le pressing sur le libéro italien (ça non plus, ça ne s’invente pas), celui entreprend de mettre une mine pour dégager. Dans ma tête.

Et voilà, je perds mon verre. Mais il n’est pas cassé ! Joie !

Je rentre, borne, avec mon monocle, au dortoir. J’emprunte la glue de mon colocataire slovaque et recolle mon verre. Ni vu ni connu, le MacGyver des Tatras.

 

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Le terrain de football où j’ai perdu un oeil

 

Le lendemain, je prends le train pour Varsovie. Grossière erreur. Je prends l’Express pour Prague, je change à Bohumin, où je prends un express pour Varsovie. Je m’installe sur un siège, le contrôleur débarque « il vous faut une réservation en plus de votre billet ». Ah, et sinon je reste debout ? Bref, je m’acquitte de ma dette, et je croyais pouvoir jouir de mon siège jusqu’à destination mais à Katowice, la moitié de la Pologne décide de monter dans le train, si bien que je dois laisser sa place à son propriétaire légal. Je me dirige donc dans le couloir du train, puis dans le sas, près de la porte de la voiture. Avec un petit escalier pour monter ou descendre du train. Là, je joue à la Nintendo DS, tout va bien. Je veux me grattouiller le bout du nez. Mon poignet effleure mon verre de lunette. Celui-ci tombe.

Il rebondit sur le sol.

Sur la marche la plus haute.

Sur l’autre marche.

Contre la porte.

Et il tombe à la verticale dans un espace minuscule de trois millimètres de largeur entre la marche et la porte. Et voilà mon verre de lunette

Coucou Vivien, tu es à nouveau borgne. C’est un peu comme voir en 3D, mais en différent.

Bref, je me suis retrouvé le lendemain à perdre une heure de ma visite de la capitale polonaise pour acheter un nouveau verre, celui-ci à 27€.

 

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Le premier bâtiment que j’ai à moitié vu lors de mon arrivée à Varsovie : le Palais des Sciences et de la Culture

 

Et depuis, je n’ai rien changé à mes lunettes. Parce qu’avec le bol que j’ai, dès que je les aurai réparées, elles finiront dans la gueule d’un crapaud géant.

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26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 07:51

A chaque fois que j'ouvre mon passeport, j'ai honte de ma photo. J'ai une coupe de cheveux de néo-nazi (ne jamais demander une coupe « not too short » en Slovaquie), les yeux dans le vague, une expression bizarre... Bref, on voit bien que je suis pas bien.

Et pour cause !

 

Ma carte d'identité est arrivée à expiration au début de l'été 2010, et j'ai eu la flemme de la refaire avant de partir, d'autant plus que j'avais mon passeport. Un beau passeport, fait en 2008, avec ce qui doit être l'une des plus belles photographies qui n'aient jamais été prises de moi, et mieux encore, un tampon des Etats-Unis d'Amérique. J'y tenais énormément, à ce passeport.

 

Seulement, certaines choses font que l'on doit parfois se séparer des choses que l'on aime... Après être rentré de Budapest, j'ai posé mon passeport sur l'étagère au-dessus de mon lit afin de ne pas le perdre dans la veste de mon blouson en soirée. Décision très adulte, n'est-il pas ? Mais ce passeport, je ne sais comment, va tomber pile dans le mécanisme d'ouverture du lit. Si bien que lorsque je l'ai cherché, paniqué, pour m'en aller vers Vienne, j'ai ouvert mon lit. Et entendu comme un poinçonnage. C'était mon passeport. Bam.

 

 

Moi j'ai fait un grand trou.

 

J'ai vraiment fait la gueule. J'y tenais à mon passeport. Et pire que tout : j'étais bloqué en Slovaquie à tout jamais, ne pouvant prendre l'avion, le bus ou louer une voiture. Il me restait la possibilité de repartir à pieds par les montagnes pour éviter les contrôles d'identité. Ça m'a pas empêché d'aller à Vienne ni à Cracovie, ceci dit.

 

J'ai attendu un mois avant de me décider à aller à Bratislava faire un nouveau passeport. Le problème, c'est qu'il n'y avait que le vendredi que je n'avais pas cours, et comme je suis sérieux, c'était le seul jour où je pouvais y aller. L'autre problème est que le vendredi suit le jeudi, et que le jeudi avait lieu une méga soirée réunissant toutes les sections d'ESN de Slovaquie, à Banska Bystrica. Donc on a fait la fête. Je devais aller à Bratislava avec un couple d'amis, mais ils avaient tellement tirés sur la corde cette nuit-là que je les ai attendus jusque 5h du matin pour finalement qu'ils me disent qu'ils ne viendraient pas. Ok, je ne sais pas où est la gare de bus, quel bus il faut prendre, je sais juste qu'il part à 5h30. Je prends mes clics et mes clacs, le bus 34 qui passe juste à la sortie du dormitory et me voilà dans l'inconnu. Je demande mon chemin à une jolie Slovaque (elles sont toujours jolies dans mes souvenirs), elle me mène carrément jusqu'au bus pour Bratislava. Hop, 6€90 en moins dans mon porte-feuille, je m'installe et commence à somnoler. A un arrêt, une petite fille s'installe à côté de moi. Je m'endors cinq minutes, elle a été remplacée par un colosse barbu de deux mètres. Ça grandit vite à cet âge-là. (En fait il me semble que cette anecdote date de Mars 2011 parce que je suis presque certain que je n'ai pas dormi, mais je ne suis plus sûr, alors autant la mettre.)

 

J'arrive à Bratislava à 9h du matin, où je retrouve une copine de Trencin. Pour être clair tout de suite et ne pas y revenir, Bratislava est la ville la plus laide que j'ai jamais vu. Et pourtant j'ai étudié à Reims avant les travaux d'embellissement.

 

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Le sapin de Noël le plus moche du monde

 

Nous nous rendons à l'ambassade française et attendons dans le couloir qu'un Monsieur, très gentil, puisse nous recevoir. Je ne me rappelle plus très bien notre conversation, mais j'ai dû en dire, des bêtises, avec mon état d'ébriété conjugué à mon état de fatigue avancé. Je me rappelle juste que je lui ai dit que j'habitais au neuvième étage. D'un bâtiment qui en compte huit. Oui.

Et là nous prenons la photo pour mon passeport. Le flash me détruit les yeux. Je ne vois pas bien le résultat sans mes lunettes, lui semble s'en satisfaire. Nous nous donnons rendez-vous deux semaines plus tard, quand mon nouveau passeport sera arrivé de Vienne. En effet, je pu rentrer en France pour Noël et j'ai gagné le droit d'avoir honte de ma tête pour la décennie à venir.

 

J'ai repris le bus vers 15h, après que ma copine m'ait fait visiter la ville (LOL), un halusky et trois tours sur un minuscule marché de Noël valable uniquement pour son vin chaud très corsé.  

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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 08:19

J'ai vécu neuf mois en Slovaquie dans un dortoir de la faculté de Banska Bystrica. Je dois bien avouer que lorsque je suis arrivé, j'ai eu peur. Déjà, là où le professeur qui m'y envoyait m'avait dit que ce serait des chambres de deux maximum, je me suis retrouvé dans une chambre avec TROIS lits. Dans les faits, nous sommes restés deux avec mon coloc turc jusque la mi-octobre. Un premier arrivant slovaque n'a pas supporté notre bordel commun, tandis que le second s'en est très bien accommodé, il était pareil. Et comble de notre chance, il n'était là que du mardi au jeudi. Il a par contre demandé une chambre seul au second semestre pour pouvoir « dormir » avec sa petite amie de temps en temps, et nous avons récupéré un autre turc, et on s'est super bien entendus. Niveau colocataires, j'ai eu beaucoup de chance.

 

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Mon bloc vu de l'extérieur

 

Revenons à cette chambre. Un petit bureau, bien trop petit, tout comme l'était notre armoire pour nos vêtements. Le matelas n'en était pas un, c'était très inconfortable, mais on s'habitue. On y tenait difficilement à deux. On pouvait relever le matelas, dévoilant un espace de rangement en dessous. Cela jouera un rôle déterminant dans l'histoire que je vous conterai un de ces jours, sur les raisons qui font que j'ai une tête d'alcoolique sur mon passeport.

Il y avait également dans nos chambres trois prises Ethernet. Parfait, nous avons Internet ! Eh non, il y a les prises, mais elles ne sont reliées à rien. Bien joué ! Pas Internet dans le dortoir sauf... sauf pour moi ! Du haut de mon 8e étage (sur 8), avec un netbook bas de gamme acheté deux ans auparavant, lorsque je le posais à une place précise sur mon bureau, je captais Internet ! Je suis vite devenu la star du dormitory, le Superman des nouvelles technologies.

 

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Ma chambre, juste après mon arrivée

 

Nous avions un balcon, duquel nous avions une vue ma foi assez jolie. L'intérêt du balcon est de pouvoir étendre son linge et devoir aller le ramasser en contrebas à chaque coup de vent. Mes boxers aimaient bien voler. L'autre intérêt vital du balcon est, en hiver, de servir de frigo géant, étant donné que le frigo de la cuisine était petit et prévu pour 16 personnes (cela tient clairement du foutage de gueule). Seulement, gare aux changements brutaux de température... J'y avais laissé de la viande à kebab et des poissons panés, je suis parti trois jours en Pologne et ça a dégelé... C'est resté là un mois car l'odeur était de plus en plus pestilentielle et je ne savais pas comment m'en débarrasser. Bon j'ai bien du finir par le faire, mais je ne dirai pas comment.

 

Nos appartements étaient composés d'une chambre de trois, d'une chambre seule, de toilettes (témoins d'une guerre froide portant sur qui ira racheter du PQ, allant parfois très loin... les lingettes pour bébés, c'est pas très agréable, mais quand on a plus que ça...) et d'une salle de bains minuscule avec une douche et un lavabo. Dans l'entrée, un petit meuble pour mettre ses chaussures (ou un ballon de foot et des bouteilles d'alcool qu'on voulait cacher), et trois porte-manteaux. Pourquoi cacher l'alcool ? Selon les règles du dormitory, il était interdit de boire dans l'enceinte du bâtiment, sachant que trois règles plus bas, il était stipulé que les étudiants devaient eux-mêmes se débarrasser de leurs bouteilles d'alcool en verre dans les conteneurs prévus à cet effet à l'extérieur. Au moins ils ne sont pas naïfs.

 

J'aime à voir le palier de chaque étage comme un hub dans les jeux vidéos (genre Super Mario 64) : cinq portes pour cinq mondes différents. La 851 pour aller embêter les Polonaises, la 852 pour se confronter au Polonais fou à neuf doigts, la 855 pour affronter le système électrique de la cuisine, la 853 pour dormir (c'était la mienne) et la 854 étant le palais interdit des studieuses filles slovaques : je n'y suis jamais entré !

Ce hub a également accueilli l'une des soirées les plus mémorables qu'ait connu le dormitory dans toute son histoire, ne lésinons pas sur les mots. Cela avait commencé par une dégustation intime de vodka polonaise, à quatre ou cinq, et ça s'est fini avec une table sur le palier, des dizaines de bouteilles sorties de nul part, deux guitares et quarante personnes provenant de tout le bloc.

 

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Du monde dans le hub.

 

La cuisine du 8e étage était spéciale : outre le fait qu'elle fut témoin de mes divers exploits culinaires, elle était le centre névralgique de la vie sociale Erasmus. Les gens ne savaient pas quoi faire ? Ils venaient faire un tour dans la cuisine du 8e. Peut-être est-ce dû au fait que nous nous sommes rapidement très bien entendus, mes colocs turc et slovaque et moi, buvant et riant dans la cuisine, et faisant effet boule de neige. Et puis le 8e étage était le plus éloigné du sol (logique), ce qui amenuisait peut-être les chances de se faire pécho par la vratnica, mais j'y reviendrai.

La cuisine : une petite table, quatre chaises, un minuscule frigo, un évier et deux plaques électriques datant de la période communiste. J'ai voulu une fois brancher mon ordinateur portable à une prise de courant, ça a explosé, ma prise a carbonisé, le courant a sauté et j'ai eu les doigts engourdis pour le reste de l'après-midi. La plus grande de nos deux plaques ne marchait que des températures 1 à 2 et entre 4,5 et 4,75. On avait un sacré doigté pour la mettre en marche. Au 6e étage, une fois sur deux, la plaque faisait sauter les plombs ou chauffait trop fort, devenant rouge vif.

Chaque étage avait à peu près ses spécialités : le 8e c'était la fête, le 7e c'était l'étage avec le four, le 6e celui des Françaises, le 5e celui de l'alliance franco-turc, le 4e des Bulgares, le 3e des jolies slovaques, etc...

Nous accédions au 8e étage par un ascenseur très particulier : il n'était pas nécessaire d'en fermer les portes intérieures, étant de ce fait très risqué, mais rustique. C'était cool, sauf quand il tombait en panne, et alors là c'était parti pour se taper les huit étages, ce qui est une gageure lorsque l'on revient exténué à cinq heures du matin. Une fois, l'ascenseur a voulu aller au 9e étage. Il a eu un petit problème.

 

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Un frigo pour 16

 

Le dortoir, accolé à la faculté d'humanités (en fait formant le même bâtiment) est décomposé en sept blocs, de A à G. J'étais dans le F. Les blocs C&D&E et F&G étaient séparés des autres par une double porte avec une vratnica (ou un, ressemblant à Hitler), qui contrôlait les entrées et les sorties. Nous devions à chaque fois montrer nos preukaz, cartes de dortoir jaunes. Impossible de venir avec un(e) ami(e) sans déposer sa carte à la vratnica. Et celle-ci faisait régner la loi la nuit, veillant à ce qu'il n'y ait plus de bruit après 22 heures, ce qui est normal quand on pense aux Slovaques qui étudient vraiment. Ils ont quand même été cools avec nous au 8e, nous laissant jusque minuit généralement, et étant plus coulant pendant les périodes de vacances.

Cependant, ces double portes étaient généralement fermées à clé la nuit, tout comme la porte d'entrée du bâtiment. La nuit, les concierges font des rondes. En plein hiver, il nous est arrivé d'attendre une demi-heure dehors qu'il revienne nous ouvrir, puis une autre demi-heure devant la double porte menant à notre bloc ! Incompréhensible.

 

L'autre haut lieu de sociabilité inter-Erasmus était le corridor principal du dortoir, seul endroit où il y avait Internet. Ainsi, parfois, il y avait une vingtaine de personnes assises par terre ou sur des fauteuils pour les plus chanceux, des multi-prises partout... Mais cela avait du bon. Sans Internet, il fallait aller vers les gens dans les dortoirs pour leur demander quelque chose, cela avait définitivement quelque chose de plus humain, de plus communautaire, qu'il n'y aurait pas eu avec Internet.

Il y avait un petit bureau réservé à l'association Erasmus ESN, avec bureaux et sièges confortables, et nous avions la chance de connaître l'un des maîtres des clés. On pouvait y commander des pizzas et les y déguster tranquillement.

 

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La cuisine, un lieu de rassemblement pour architectes

 

Un dernier mot sur la laverie, avec deux machines à laver et un sèche-linge, dans les sous-sols du bloc B, et qui ne fonctionnaient qu'avec des pièces de 50cts. Il y avait des combines pour en avoir : mettre 2e dans la machine à café de la fac, ou dans le distributeur de sucreries du dortoir, il suffisait d'acheter une gaufrette à 30cts et cela nous faisait déjà 3 pièces de 50cts.

 

Il y aurait encore des dizaines de choses à raconter sur le dortoir. Une dernière, et si d'autres me reviennent, je ferai un second article. Une femme de ménage passait toutes les semaines nettoyer nos chambres, il fallait libérer le sol (normal), et tous les matins pour changer la poubelle. Sauf qu'elle venait à sept heures du matin, frappait lourdement à la porte, hurlait « DOBRE RANO », la claquait encore plus fort. Très agréable. Dans la cuisine, il fallait aussi que rien ne traine. S'il restait de la vaisselle PROPRE sur l'égouttoir de l'évier, elle piquait une crise, la prenait et il nous fallait payer 15 putains d'euros pour la récupérer. Une sorte de guerre froide s'est installée entre la cleaning woman et le 8e étage, mais étonnament, elle nous a sauvé la vie, nous montrant son cœur. Après une soirée à laquelle je ne participais pas, je ne sais plus où j'étais, la vratnica a découvert que des Polonais s'étaient introduits illégalement au 8e étage et lors de cette soirée, les fenêtres s'étaient fissurées... La cheftaine du dortoir, rescapée des purges communistes, allait venir inspecter les chambres et mettre tout le monde au pas. C'est-à-dire nous virer à la moindre infraction. Nous étions innocent (enfin moi plus que mon coloc), mais nous avions sur notre balcon comme une trentaine de bouteilles vides et cinq ou six autres réduites à l'état de débris de verre (mon coloc s'amusait à les faire exploser avec des pétards, chacun son truc). On était bon pour la prison, là. Faut dire que nous récupérions les cadavres de bouteilles de tout le monde au 8e, que c'était encore l'hiver et que le conteneur à verres était loin, genre juste en bas du dortoir. Eh bien la cleaning woman, qui le savait, nous a prévenu en début d'après-midi, nous a ouvert une porte secrète réservée aux cleaning ladies qui faisait que nous n'avions que trois pas à faire dehors pour jeter le verre. J'ai quand même eu un doute, j'ai eu peur qu'elle avertisse la cheftaine et qu'elle nous attende en bas de l'ascenseur pour nous prendre sur le fait, un plan digne de notre machiavélique ennemie jurée, mais non, elle avait retourné sa veste et nous aimait bien, finalement.

 

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La vue depuis le balcon. En face, les blocs D et E.

 

Et j'ai encore pleins d'anecdotes plus ou moins croustillantes à raconter ! Quel prix pour ce concentré de bonheur ? 47€ par mois.

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