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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 07:00

Comme je le disais dans un précédent article, j’ai assisté dans un minuscule village perdu de la campagne polonaise à la nouvelle sanctification d’un monument à la gloire de Marie, commémorant l’Insurrection de Janvier.

 

L’image de toutes ces (arrière) grand-mères assises sur des bancs, répétant inlassablement à tue-tête des chants religieux m’a un peu troublé. Non pas que ça me dérange, les gens croient en ce qu’ils veulent tant qu’ils ne m’ennuient pas trop avec. C’était juste quelque chose de totalement inédit pour moi.

Ces personnes âgées, issues d’un milieu rural (profond), constituent la cible parfaite des programmes de la station Radio Maryja. Oui, oui, Radio Marie. Une station de radio réservée au catholicisme. Ils ont aussi leur chaine de télévision (Trwam), ainsi qu’un journal (Nasz Dziennik), mais centrons-nous plutôt sur Radio Maryja.

 

Radio-Maryja1.jpg

 

Je n’écoute jamais la radio. Jamais. Je préfère choisir la musique que je veux écouter. En Pologne, je ne connais que ce que la Dame écoute, Radio Zet, qui passe les mêmes chansons depuis 2011 (Moi…Lolita et Gitane de Garou passent au moins une fois par jour). Ensuite, comme en Slovaquie, il y a les habituelles stations qu’on retrouve en France, comme feu-Europe 2.

J’ai eu vent de Radio Maryja dans un article du Canard Enchainé (deuxième semestre 2011, mais plus sûr du tout), qui expliquait rapidement  que si le Vatican condamnait les dérives nationalistes et antisémites proférées sur les ondes de la station, elle ne se privait pas pour en tirer quelques subsides bien utiles pour renouveler les dorures du Saint-Siège.

 

Mais avant d’aborder le sujet des propos tenus à l’antenne, revenons un peu sur l’historique de Radio Maryja. La station a été fondée dès 1991 par (Père) Tadeusz Rydzyk, financée via les dons des fidèles. Grâce à un accord Vatican-Pologne, Radio Maryja n’a pas l’obligation de dévoiler toutes les sources de ses revenus.

A l’antenne, la grille des programmes est plutôt simple : journaux d’information, messe quotidienne, récitations du rosaire, discussions sur le catholicisme, suivi des voyages papaux et surtout débats politiques et sociétaux.

 

Radio Maryja ne représente pas les autorités catholiques polonaises, qui sont d’ailleurs bien gênées par ce que l’ancien Secrétaire Général de l’Episcopat Polonais Tadeusz Pieronek décrivait comme une radio aux programmes « compromettants, honteux, malades et dangereux ». Mais que peut-il bien se dire sur ces ondes pour provoquer un tel rejet ?

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Tadeusz Rydzyk

 

Le Vatican désapprouve Radio Maryja pour son trop grand engagement politique, sans surprise très à droite. Tellement à droite que l’épiscopat polonais a peur de l’image donnée à l’Eglise par les propos tenus à l’antenne, qui sont d’une intolérance extrême. Qu’y retrouve-t-on ?

Nationalisme, antisémitisme, anticommunisme, antigermanisme en majorité. Pour résumer, le communisme est arrivé en Pologne à cause des Juifs, Auschwitz n’était pas un camp d’extermination mais juste de travail, les Juifs conspirent derrière le dos des Polonais (original, ça, tiens), j’en passe et des bien pires.

Bien évidemment, à chaque fois, Radio Maryja a été condamnée par la justice polonaise.

 

La droitisation de Radio Maryja s’est amplifiée avec le temps, si bien qu’arrivé à un moment, même la politique du PiS de Kaczyński était trop molle pour eux, et a fini par même lutter contre lui, Rydzyk dénonçant le défunt Président comme un « escroc qui s’est plié aux pressions du lobby Juif ».

 

Alors oui, c’est une station de radio très spéciale, mais malgré leur pouvoir médiatique, cela reste très anecdotique, avec une audience d’environ 2%. Radio Maryja fait du bruit, certes ; mais est-ce suffisant pour que leur message soit entendu ? C’est moins sûr.

Il est certain que la radio a sa communauté de fidèles, la « Famille Radio Maryja », qui participe à des pèlerinages organisés par Rydzyk, mais cela va-t-il vraiment plus loin ?

 

Si vous voulez écouter Radio Maryja, c’est par là :

 

http://www.radiomaryja.pl/

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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 07:00

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Jeudi 2 mai, en Pologne, était célébré le Jour du Drapeau, Dzień Flagi Rzeczypospolitej Polskiej. Le principe est très simple : tous les bâtiments officiels (ou non) se doivent d'arborer le drapeau polonais, les présentateurs à la télévision portent de jolies cocardes blanche et rouge, et vingt soldats défilent dans la Vieille Ville de Varsovie.

 

La première question qui m’est venue à l’esprit lorsque j’ai appris l’existence de cette journée fut « Pourquoi ? ». Cela m’a semblé improbable de voir un jour consacré au drapeau. Il fut instauré en 2004 pour « éduquer le peuple polonais sur l’histoire et la signification des symboles nationaux ».

Sérieusement ?

Ok, ça aurait été une vieille tradition, j’aurais pu comprendre, mais en 2004 ? C’est ce genre de choses qui me gêne le plus en Pologne, ça me met toujours mal à l’aise.

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/5/5a/Flag_of_Poland.jpg/562px-Flag_of_Poland.jpg

 

Remontons un peu le temps pour retourner à l’époque communiste.

Le 1er mai était férié, célébrant le Jour du Travail. Dans la Pologne d’avant-guerre, l’on célébrait le 3 mai le Jour de la Constitution, et cela fut interdit par les Communistes. Afin d’éviter toute célébration de la Constitution, les autorités obligeaient toutes les institutions à vite retirer les drapeaux polonais le 2 mai, aussi rapidement que possible, si bien que tôt le matin, il n’y en avait déjà plus trace.

Après la réintroduction du Jour de la Constitution en 1990, les drapeaux restaient accrochés du 1er au 3 mai.

Voilà.

 

dzien-flagi.jpg

Ça ressemble à ça, le Jour du Drapeau.

 

Tant que nous sommes là, faisons un peu de vexillologie. Vous pouvez me faire confiance là-dessus, je suis un as, j'ai analysé toutes les propositions de drapeaux faites dans toute l'Histoire de la Bosnie-Herzégovine, alors ce ne sont pas deux bandes de couleurs rouge et blanche qui vont me faire peur.

D’autant plus que l’explication des couleurs du drapeau est très simple : le rouge et le blanc dérivent des couleurs de la double-couronne polono-lituanienne disparue en 1795. On raconte que le blanc signifie la paix et le rouge rappelle le sang versé pour l’indépendance du pays, mais c’est du bullshit.

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 07:00

Début mars, alors qu’en France, nous célébrions tous l’ouverture prochaine du mariage civil aux homosexuels (tous, sauf Boutin et son cousin de mari) ; à l’Est, Lech Wałęsa, la figure iconique de Solidarność et accessoirement ancien Président de la IIIe République de Pologne (et électricien) donnait son opinion sur la communauté homosexuelle.

 

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Moustache un jour…

 

Souvenez-vous : l’un de mes premiers billets parlait des élections à la Sejm (ma visite du Parlement par ici), et rapportait l’accession à la Chambre Basse d’un gay et d’une transsexuelle. C’est directement à eux que s’en est pris le dernier des moustachus.

Qu’a-t-il dit ? Tout simplement que les homosexuels n’avaient pas à jouer un rôle prépondérant dans la vie politique polonaise et qu’à la Sejm, le mieux serait qu’ils s’asseyent le plus loin possible, ou si possible qu’ils se cachent derrière un mur. Rien que ça.

 

« Ils doivent comprendre qu’ils sont une minorité et se contenter de petites choses, et non pas s’élever au sommet ».

 

Je traduis : les députés homosexuels sont avant tout des homosexuels avant d’être des députés. Et les homosexuels, communauté minoritaire qu’ils forment, doivent donc occuper des postes insignifiants, quand bien même ils seraient les plus compétents pour exercer telle ou telle fonction.

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… moustache toujours !

 

Lech Wałęsa a toujours suscité beaucoup de critiques, même dans les premiers mois de Solidarność, avec sa manière particulière de diriger (il était le Roi Wałęsa).

Le Prix Nobel de la Paix a souvent attiré sur lui l’amusement des Polonais de par ses erreurs linguistiques lors de nombre de ses discours (mais la langue polonaise est tellement difficile que même un Polonais ne peut pas la parler parfaitement).

 

Ses dernières années, il a enchaîné les sorties médiatiques hasardeuses, plongeant dans l’embarras même les plus conservateurs de la droite polonaise.

Il n’est plus dans le coup, et pour ne rien arranger, l’autobiographie de sa femme Danuta a été un immense succès de librairie en Pologne. Elle l’y décrit comme un réactionnaire laissant sa femme dans la cuisine à  s’occuper de la maison et de leurs huit enfants, pendant que Monsieur courrait faire la Révolution.

 

Lech Wałęsa est juste vieux, emblème d’une époque aux mœurs révolues.

Et c’est toujours triste de voir dépérir une figure morale, aussi sujette à débat fut-elle.

 

(Malgré toutes les critiques et ce que je pense des opinions sur la société de Wałęsa, n’oublions pas qu’il a initié et personnifié un mouvement qui a fait chuter le Communisme sans en venir aux armes. Un excellent orateur populaire qui a insufflé à la Pologne un air de révolte. Quand même.)

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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 07:35

Le 10 avril 2012, cela faisait donc deux ans que l’avion présidentiel polonais s’était écrasé en Russie, à Smolensk, tuant 96 personnes. J’ouïs dire que Jarosław Kaczyński, le jumeau restant, organisait une grande cérémonie de recueillement devant le Palais Présidentiel. N’écoutant que mon courage et ma curiosité, je décidai d’aller écouter le discours de Papi Zinzin.

 

Le matin, déjà, Jarosław avait déposé une gerbe de fleurs devant le Palais Présidentiel avant de repartir. Déjà, une foule l’attendait. De l’autre côté de la ville, le Président actuel et le Premier Ministre ont rendu un hommage officiel aux victimes de la catastrophe.

 

Beau soleil, je quitte ma demeure pour rejoindre le centre-ville. Dans Nowy Swiat, déjà, beaucoup de policiers, normal, et beaucoup de personnes avec des drapeaux polonais. J’ai aussi croisé Super Jésus, un mec avec une cape rouge avec le visage du Christ imprimé.

L’on se faufile dans la foule pour finalement être bloqués aux abords du Palais Présidentiel, il ne nous sera possible de voir Papi Zinzin autrement que sur le grand écran installé pour l’occasion. Auparavant, l’on avait croisé une procession funèbre portant les visages de toutes les victimes de la catastrophe.

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La procession en question.

 

Me voilà donc bien installé pour avoir des hauts le cœur pour l’heure suivante. Je suis entouré de vieux, mais, et c’est triste pas que. Derrière moi, un quarantenaire bodybuildé, l’air extrêmement sérieux, veille. Beaucoup de quadra et de quinqua. Sur l’écran géant, une vieille idole populaire chante des chansons patriotiques, scande des slogans pour une Pologne libérée et souveraine. De temps en temps, la foule se met à crier des chants anti-russes, appelant à les égorger avec une faucille et un marteau. Déjà là, je me sens mal à l’aise. J’ai l’impression de me retrouver à un meeting de la Droite Populaire ou du Front National.

Le vieux chanteur se barre enfin, le silence retombe peu à peu, entrecoupé de cris (« Honte ! » revenait beaucoup), et en attendant que Papi Zinzin n’arrive, je prends quelques photos des panneaux portés par la foule.

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De l’anti-russe, normal.


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« Vérité ».

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Rappel de l’alliance des droites entre le PiS de Kaczynski et le gouvernement hongrois d’Orban.

 

Et là, grande clameur populaire. Jarosław Kaczyński arrive sur scène, je ne peux que l’apercevoir par intermittence sur l’écran géant entre tous les drapeaux. Je pense que le mieux est juste de vous livrer les notes que j’ai prises, telles quelles.

 

« Nous avons été trahi… On ne connait pas les vraies raisons [du crash]… Nous avons été trahis ce matin-là (C’est le titre d’un livre en rapport avec la Seconde Guerre Mondiale…Ceux qui ont trahi la Pologne alors, c’est nous. Je faisais pas le fier, là.)… C’est une honte que l’enquête ait été confiée à la Russie ! Une honte que les corps aient été examinés par les Russes ! (Là j’ai un peu perdu le fil) C’est une attaque [du gouvernement Tusk] contre la Croix, contre les Croyants, contre l’Eglise, contre l’enseignement religieux à l’école ! Ils attaquent l’Eglise en empêchant son financement [par l’Etat] ! »

 

J’ai ensuite arrêté de prendre des notes pour plutôt regarder la réaction de la foule vis-à-vis de ce discours violent, populiste et anti-tout. Les gens étaient réceptifs, applaudissaient et renchérissaient même. C’était affligeant. Récapitulons le discours de Papi Zinzin : alors que c’est l’anniversaire de son frère jumeau, Président de la République polonaise décédé en fonction, qu’est-ce qu’il propose ? Au lieu de mobiliser la nation polonaise autour de ce souvenir douloureux, il exploite la mort de son frère dans un discours clivant. Il n’a fait passer aucun message positif, aucun signe d’unité envers tous les Polonais. Il est dans une logique de lutte, de guerre contre les Autres. C’est terrifiant.

 

Fin du discours, la foule scande « Jarosław ! Jarosław ! Jarosław ! »


 

Alors qu’arrivait sur scène Maria Kaczyńska, l’orpheline de Lech et de sa femme, j’ai préféré partir parce que c’en était trop pour moi, et j’avais bien compris le message. Je m’attendais à de jolis discours, des gens tristes pour leur ancien Président et une belle communion entre Polonais, j’ai assisté à un rassemblement de la droite conservatrice flirtant parfois avec l’extrême. Ça m’apprendra, tiens, à être naïf.

 

J’en menais pas large, quand même, en quittant l’attroupement.

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16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 07:22

Je me souviens très bien du 10 avril 2009. J’étais chez mes parents, attablé dans le salon, en train d’écrire mon premier mémoire sur la Bosnie-Herzégovine, faisant des recherches sur le viol en tant qu’arme de guerre. Et tout à coup, flash info à la télévision, l’avion présidentiel polonais venait de s’écraser en Russie, à Smolensk, tuant toute la délégation, le Président de la République Lech Kaczyński compris. Je n’avais alors jamais été plus à l’Est que Strasbourg, mais je savais juste que Kaczyński gouvernait avec son jumeau Jarosław, et que ça c’était quand même rigolo quand on y pensait.

 

Je revois très bien les images de l’avion totalement déchiqueté, et de la foule de Polonais qui apportaient de jolies bougies dans Varsovie à la mémoire des morts. C’était très triste, imaginez que l’on perde Nicolas Sarkozy !…Bon, ok, riez, mais c’est mal de souhaiter la mort de quelqu’un, vous ne l’emporterez pas au paradis.

 

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Seulement, le crash de Smolensk a dérivé de la tragique catastrophe unissant la Nation vers quelque chose de politiquement clivant, et qui, à mon sens, vampirise totalement le débat autour d’un évènement apolitique. Je veux dire, l’avion, il s’est écrasé, on fait une enquête et on en parle plus, c’est pas la faute de l’avion si en 2012 le gouvernement de Donald Tusk veut faire passer l’âge de la retraite à 67 ans. Sauf qu’il y a deux éléments qu’il faut garder en mémoire : primo, il reste un jumeau, principal dirigeant du parti d’opposition, à qui la mort de son frère a fait perdre la tête, et secundo, l’avion s’est écrasé en Russie. Et ça change beaucoup de choses.

 

Aujourd’hui, je parlerai donc de la tragédie de Smolensk en elle-même, tandis que mercredi, je publierai un billet sur les commémorations du second anniversaire de la catastrophe.

 

Le 10 Avril 2010, donc, la délégation polonaise composée du Président de la République Lech Kaczyński, sa femme, le chef d’état-major, les dirigeants des corps de l’armée, le gouverneur de la Banque nationale, le vice-Ministre des Affaires Etrangère, les vice-Présidents des deux chambres, de membres de l’Eglise et des représentants des familles des victimes de Katyn devait donc se rendre en Russie pour commémorer le 70e anniversaire du massacre de Katyn perpétré alors par l’URSS, ce qui a empoisonné pendant des années les relations entre la Pologne et la Russie, Etat successeur de l’URSS.

 

Oui mais non. Un épais brouillard enveloppait la piste d’atterrissage de l’aéroport de Smolensk (en Russie, rappelons-le), et c’est le drame. L’avion s’écrase, faisant 96 victimes, aucun survivant. Aux dernières nouvelles, les autorités russes auraient donné des indications imprécises aux pilotes qui auraient montré la volonté de ne pas atterir, mais auraient été pressé par un haut-placé (le Président ? un Général ?) de s'exécuter. Les pilotes n'auraient également pas reçus une bonne formation. Bref, responsabilités partagées.

 

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C’est un drame national, bien évidemment, des millions de personnes se retrouvent pour partager leur douleur et se recueillir. Cependant, la jolie unité nationale vole rapidement en éclat.

Des catholiques veulent qu’une gigantesque croix apportée pour symboliser la mémoire des victimes reste devant le Palais présidentiel, ce qui n’est pas du goût des opposants, et une femme monte en haut pour ridiculement empêcher son enlèvement. Le Président Lech Kaczyński et sa femme sont enterrés à Cracovie auprès des rois et héros polonais (alors que rappelons ici son seul mérite : s’être crashé en avion).

Ensuite, il y a eu la récupération politique par le parti de droite « Droit et Justice » (PiS) et par le jumeau-tout-seul Jaroslaw. Le PO remportant les élections présidentielles en juin, le PiS devient donc parti d’opposition mais ne s’occupe que de Smolensk. Toute sa communication est basée sur Smolensk : c’est un complot russe, il ne fallait pas laisser les Russes mener l’enquête, c’est un complot du PO (ça change selon les vents), etc, etc… Ils ne proposent rien de sérieux, réclamant juste la vérité sur le crash, et ce deux ans après les faits. Le PiS, dirigé par Jaroslaw Kaczynski, n’existe plus que par Smolensk.

Et lorsque l’on tape sur Youtube « Smolensk », l’on voit une liste de vidéos montrant comment les Russes ont abattu de sang-froid les survivants, etc… Bien sûr. Le pire, c’est que cela a encore beaucoup de crédit auprès de l’électorat du PiS, comme je l’ai vu aux commémorations du second anniversaire du crash.

 

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(Article très incomplet, mais ce n’est qu’une introduction au prochain, sur les commémorations auxquelles j’ai assisté.)

 

Ici une vidéo résumant quelques résultats des enquêtes officielles :

 
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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 07:23

Faut bien l’avouer, passé l’âge de six ans, Pâques c’est plus vraiment drôle : on a compris que c’étaient les parents qui planquaient les œufs, et on commence à comprendre que les grosses bouées de sauvetage qui poussent au-dessus de la taille, c’est à force de manger trop de chocolat. Reste donc un jour férié bien utile pour jouer à la console toute la journée.

 

En Pologne, Pâques est la période religieuse la plus importante de l’année. C’est connu, je ne suis pas très branché religion. C’est donc plein d’incompréhension que j’écris cet article, un dimanche matin, réveillé par une messe retransmise depuis une église par des hauts parleurs.

 

Tout commença une semaine avant Pâques. J’ouïs qu’était donnée une représentation de la crucifixion de Jésus sur la Place Pilsudskiego, l’une des plus grandes places de Varsovie, qui, jadis, accueillit une messe géante de feu Jan Pawła II. C’est là également qu’est installée la tombe du soldat inconnu. Une grande scène, une place en goudron et en herbe… Hey, mais c’est le Hellfest ! On va assister à un concert ! Malheureusement, nous n’avons pas eu droit à une représentation de Jesus Christ Superstar.

Avant la représentation, un prêtre est arrivé sur scène et a commencé une longue prière reprise par les 30 000 (oui, oui) personnes présentes sur la Place. Sur le coup, quand on est pas catholique, ça fout quand même super mal à l’aise, surtout que ça a dû durer trois ou quatre minutes.

Quant à la représentation en elle-même, c’était pas trop mal, costumes mignons, mais le tout gâché par un défaut à mon goût : les acteurs ne faisaient que gesticuler sur une bande son préenregistrée, pas de jeu d’acteur, donc. Il fallait quand même voir l’arrivée de Jesus sur scène : entouré d’un halo de lumière, il a tout simplement traversé la place, comme Johnny Halliday au Parc des Princes en 1993 (on a les références qu’on a), fendant la foule sur un fond musical liturgique.

Il faisait froid, alors je suis parti lors de la Cène. Et puis je ne comprenais pas grand-chose au polonais.

 

Quelques jours plus tard, alors que je revenais de Gocław et que j’attendais gentiment le bus, j’ai remarqué que la double voie réservé à l’autre sens de circulation était vide, et j’entendais des sirènes. Merde, quelque chose a dû se passer, c’est triste, tiens, voilà mon bus, je rentre chez moi. Quelle ne fut pas ma stupeur de voir ce qui bloquait en réalité la circulation ! Un mec portant une croix géante (deux fois sa taille), suivi par une cohorte de croyants (qui priaient je suppose, je n’avais pas le son depuis le bus) ! Sur le coup, ça m’a fait tout bizarre.

 

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Passons à Pâques à proprement parlé. Le vendredi, la tradition veut qu’il faille suivre des processions du même genre que décrites ci-dessus, en portant des croix autour du cou, mais je n’y ai pas assisté, donc je ne divaguerai pas là-dessus.

Une autre coutume plus mignonne prend place le samedi, qui peut apparaître perturbante au premier abord. En effet, la majorité des Polonais trimballent un petit panier en osier recouvert d’un petit drap blanc, avec à l’intérieur de la nourriture (pains, œufs, viande, un agneau en chocolat, des pâtisseries, du beurre, du sel…) jusqu’à l’église, où le prêtre récite une prière et bénit la foule de petits paniers trop かざいい (kawaii, je me la pète avec mon japonais balbutiant). Mais c’est vraiment une foule de tout âge qui se trimballe avec le panier du Petit Chaperon Rouge, c’est assez cocasse à regarder. Ce n’est qu’après avoir reçu la bénédiction l’on peut manger de la viande. Je ne sais pas si c’est la tradition polonaise, mais notre panier n’a été dévoré que le lendemain, le dimanche.

 

Enfin, le lundi de Pâques a lieu un rituel qui peut être très marrant si l’on se trouve du bon côté de la barrière. Nous l’avions d’ailleurs appliqué sans le savoir l’année précédente lors de notre Pâque slovaque : le bain purificateur, autrement appelé le « je-te-jette-un-seau-d-eau-à-la-tronche ». La tradition, d’origine païenne, veut que cela purifie et accroisse la fertilité… Les filles sont donc les premières cibles. Alors si en plus il fait chaud, on se retrouve avec un super concours de T-shirts mouillés.

En Slovaquie, le concierge de la résidence universitaire voulait aussi fouetter les filles avec une grande tige, mais je crois qu’en fait il était juste pervers.

 

Bon bah sur ce, joyeuses Pâques, hein.

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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 07:30

Comme vous le savez, l'EURO 2012 aura lieu cet été en Pologne. C'est une grande fête sportive, mais également commerciale, avec Coca-Cola en partenaire principal. Logique donc qu'ils fassent de la publicité pour l'évènement. Voici une vidéo d'une publicité qui passe depuis deux semaines à la télévision espagnole :

 

Que dire ? Alors que je viens d'écrire un article sur les clichés sur la Pologne, voici qu'une publicité tombe pile dedans. Alors c'est mignon, c'est pleins de (faux) bons sentiments. Mais diantre, le cliché de l'immigré polonais super pauvre en 2012, vraiment ? Oui, il y en a, ok. Mais n'y avait-il pas d'autres moyens de parler de l'Euro et de la Pologne qu'en véhiculant encore une fois le fantasme du plombier polonais ? Tous ces gentils Espagnols qui donnent leur bouteille de Coca-Cola au pauvre petit Polonais, sérieusement...

 

Et puis bon, s'il travaillait autant que ça, il pourrait se payer un aller - retour avec Ryanair, ça lui reviendrait moins cher que d'envoyer des SMS surtaxés pour gagner le concours Coca-Cola.

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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 07:25

En Pologne, nous sommes en pleine période de collecte des impôts. Rien d’assez exaltant pour que je vous en parle, vu comme ça. Et pourtant.

 

Depuis quelques années, les Polonais ont la possibilité de dédier 1% de leur impôt sur le revenu à un don à une Association ou Fondation de leur choix, dans un système inspiré d’une expérience hongroise. Tout cela a été amélioré par la suite, avec notamment la simplification du système : il n’est plus nécessaire d’inscrire les coordonnées bancaires de l’association, mais juste son nom.

Sur le papier, ça semble super bien, ça devrait en théorie bien aider les ONG à se financer et à fonctionner. Oui mais non, car le revers de la médaille est assez sombre.

 

Tout d’abord, le problème est psychologique : les contribuables ont l’impression de donner par ce biais aux ONG et se disent souvent, par la suite, qu’ils n’ont pas besoin de mettre la main à la poche pour une quelconque association car ils l’ont déjà fait.

 

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En réalité, c’est l’Etat polonais qui alloue 1% de l’argent collecté par le biais de l’impôt sur le revenu aux ONG choisies par les contribuables. Dans tous les cas, le contribuable aurait versé ce pourcent à l’Etat, il n’y a aucun don, il choisit juste à qui son argent est alloué. D’où une augmentation substantielle des revenus des Fondations par ce biais, mais une baisse des rentrées d’argent via les dons.

 

Mais tout de même, c’est bien de pouvoir choisir où va son argent, toutes les associations peuvent en profiter, on peut donner à ceux qui en ont le plus besoin.

 

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Le système est pervers. En Pologne, les spots publicitaires télévisuelles ou radiophoniques sont généralement alloués à prix réduits aux ONG, ou parfois gratuitement, et il en va de même pour les espaces d’affichage. Seulement, c’est bien beau, mais il faut pouvoir se payer la réalisation de cette pub, pour amasser le plus de 1% possible. Et l’engrenage se met en marche : pour capter le plus d’argent possible, les plus grosses ONG consacrent une part toujours plus importante de leurs fonds pour de grandes campagnes marketings, tandis que les plus petites, qui ont déjà du mal à survivre, n’ont plus qu’à prier que quelqu’un les remarque dans cet immense bataille publicitaire, qui ne profite qu’aux ONG les plus riches. Je trouve cela très malsain de voir absolument partout dans Varsovie de grandes affiches avec de petits cancéreux ou des lits d’hôpitaux, avec des slogans genre « Twoj 1%, jego życie » (Ton 1%, sa vie), ou des spots publicitaires qui rivalisent de pathos pour faire pleurer dans les chaumières.

 

C’est clairement un système qui partait d’un bon sentiment, mais qui a un effet pervers : faire amasser de l’argent aux grosses ONG et assécher financièrement les plus petites.

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 07:01

Hier, dimanche 12 février, le Parlement polonais a ouvert ses portes pour célébrer son 500e anniversaire. Je m’y suis bien évidemment précipité.

 

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Le Parlement polonais se compose de deux Chambres : le Sénat (Chambre Haute) et la Sejm (Chambre Basse).

Politiquement, la Sejm compte 460 députés élus au scrutin proportionnel. Depuis les élections d’octobre 2011 dont j’avais parlé ici, la Plateforme civique possède la majorité relative avec 207 sièges. Vient ensuite le PiS avec 157 sièges, puis le Mouvement de Palikot (40 sièges), les paysans (28), au coude à coude avec l’Alliance Démocratique de Gauche (27). Enfin, les minorités allemandes ont un député.

Le Sénat, quant à lui, après avoir été supprimé sous le régime communiste, a depuis été remis en place et compte 100 sénateurs : 63 pour la Plateforme civique, 31 pour le PiS, 2 pour les Paysans et 4 pour des indépendants. Depuis 2010, le scrutin se fait en un tour, celui avec la majorité relative l’emportant.

 

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Passons à la visite, si vous voulez bien.

Alors je partis heureux de chez moi vers 14h, pensant qu’il n’y aurait personne pour visiter le Parlement, franchement.

Grave et grossière erreur : la queue commençait dans la cour du Parlement et se finissait sur le trottoir. Température négative et trois-quarts d’heure d’attente. Petit passage très général contre les gens qui font la queue : c’est pas la peine de se coller aux autres, ça ira pas plus vite et c’est super désagréable. Et comme on peut être vieux et con, ce n’est pas spécifique aux jeunes, dédicace au quatuor de septuagénaires qui m’ont tapé dans le dos pendant trois-quart d’heure avant de me pousser sur la gauche à la vue de la porte d’entrée pour s’y précipiter. Remarquez, pour vous, gagner dix secondes doit être plus important que pour moi.

 

Bref, entrée dans le Parlement, c’est très beau, très blanc, on est dirigés vers la Sejm, et là, c’est le drame. Un drame, que dis-je ? Mon petit cœur de laïc n’en est toujours pas revenu. Que vois-je sur le mur derrière l’estrade au centre de l’hémicycle ? Une CROIX. Et c’est pareil au Sénat. Voici les photos qui brûlent la peau :

 

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Sinon, pas grand-chose à dire : c’est propre, de jolies salles pour les Commissions, c’est moderne, ils m’ont donné un puzzle. C'était sympa de voir l'envers du décor. Et les toilettes sont mignonnes et très propres.

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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 07:51

Sortez vos loupes, allumez vos pipes et mettez votre petit chapeau, il est temps de jouer au détective.

Ou plutôt, préparez-vous à lire du fait divers digne de Détectives : il y aura du sang et des larmes.

 

Sérieusement, c'est un fait divers sordide.

 

Le matin, alors que je prends mon petit-déjeuner polonais, j’ai l’habitude de regarder les informations à la télévision, même si je comprends rien, ça me donne ma dose de Sarkozy pour la journée (il est partout, même à la télé polonaise, un flash info sur deux, c’est affolant).

Et depuis plusieurs jours tournaient des reportages avec une jeune femme en pleurs et des photos d’un bébé tout trognon et des gens à l’air grave. J’ai donc demandé ce qu’il se passait.

« Un bébé a disparu ». D’après ma grande expérience que je tiens des séries américaines, j’ai tout de suite dit « c’est la mère ». C’est toujours la mère. On m’a répondu que non, que la mère s’était faite agressée. Soit.

Voici donc ce qu’il s’est passé :

Le 24 janvier 2012, Katarzyna W., 22 ans, appelle la police de Sosnowiec : alors qu’elle se promenait dans la rue son bébé de six mois prénommé Magda dans les bras, un inconnu l’a frappée à la tête plusieurs fois, la laissant inconsciente. A son réveil, le bébé avait disparu.

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Magda (Gazeta.pl)

 

Branle-bas de combat ! Toutes les forces de police mobilisées, des récompenses de milliers de zloty à qui donnerait la moindre information sur le voleur de bébés, des détectives privés se lancent à la poursuite de l’agresseur. La télévision est matraquée de reportages sur la petite Magda. Tout le monde en parle, tout le monde est ému. Katarzyna supplie en pleurs lors d’une conférence de presse qu’on lui rende sa petite fille.

Le fait divers se transforme en sujet de société et on parle d’établir le plan Alerte Enlèvement, comme en France, on parle de l’ouvrir en plus grand grâce aux réseaux sociaux, etc.

 

Sauf que voilà, Sherlock Vivien avait raison, une fois de plus.

Coup de tonnerre vendredi dernier (le 3 février) : un détective privé sans licence a enregistré une vidéo où il interroge Katarzyna, lui disant qu’il « sait ce qu’elle a fait » et la provoque. Finalement, la jeune mère fond en larmes et avoue que oui, elle a tué son bébé, mais c’était un accident ! Elle tenait Magda dans ses bras, enveloppée dans une serviette, la petite aurait glissé au sein de la serviette humide et serait morte du choc reçu à la tête.

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Katarzyna W. (Gazeta.pl)

 

Choc, consternation dans toute la Pologne. Les autorités cherchent le corps du bébé pendant trois jours en suivant les indications de la mère sans le trouver. Ils l’ont finalement retrouvé enfuis sous des rochers, des feuilles et la neige dans les ruines de l’ancienne gare de Katowice. Comble du voyeurisme, la caméra de TVN (le TF1 local) qui filme le chemin dans la neige, caméra à l’épaule, entre les arbres jusqu’au trou fraîchement creusé d’où le corps a été extrait. Depuis, l’endroit est devenu un lieu de recueillement impressionnant où se mêlent des milliers de bougies, des fleurs et de petites peluches.

 

Et qu’apprends-t-on jeudi matin ? Dans la nuit, la mère, dans la prison de Katowice, a essayé de se suicider...en avalant du liquide vaisselle.

L’affaire n’est pas finie, l’enquête est toujours en cours pour savoir si la mort de Magda n’était qu’un accident ou s’il s’agit bel et bien d’un meurtre.

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L’endroit où a été découvert le corps, devenu lieu de recueillement (Gazeta.pl)

 

Il y a eu de tout : de l’émotion, des larmes, du mensonge, de la traîtrise, un bébé disparu, une maman courage, un père dévasté, un détective louche, etc… Tout pour tenir en haleine, vendre du papier et faire de l’audience. Comme partout ailleurs. Mais à ma connaissance, il n'y a eu aucune récupération politique de l'affaire, ce qui change de ce que l'on connait dans l'Hexagone.

 

C’est une affaire qui n’est pas prête de se terminer. Je vais prendre pour encore longtemps mon petit-déjeuner avec des photographies de la petite Magda à la télévision, en attendant la fin de l'enquête puis la tenue du procès (s'il y a).

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